2
ans. Il n'aura fallu que 2 ans à
Yamaha pour donner une réalité
aux réactions positives de
son proto du Mondial de la Moto
2003. A sa présentation comme
concept-car, la MT-03 a étonné
et emballé beaucoup de monde.
Il était écrit que
son destin serait semblable à
celui de la MT-01 : naître pour un salon, vivre
parmi les motards.
Son design fun et léger
exprime tout de suite le plaisir
de l'objet décalé.
Avec ce genre d'engin, on provoque
le même type d'étonnement
qu'avec la MT-01 mais sans le coté mastoc
du moteur. C'est là qu'on
se pose les premières questions
- que va donner la motorisation
? La 01 bénéficie d'un énorme
V-twin (issu d'un gros
custom) et d'un couple de barjot.
La MT-03 n'a pas droit à
l'extravagance mécanique.
Son moulin est le monocylindre 660
des XT-R et X,
donné ici pour 45 ch. On
connaît son coté enjoué
mais cela suffira t'il ? Moins de
50 bourrins, c'est pas beaucoup.
La MT-03 compte surtout sur sa plastique
pour séduire. Et c'est vrai
qu'elle a de la gueule. Du phare
aux échappements, les pièces
qui attirent l'oeil ne manquent
pas. Un phare subtilement dessiné
tenu par de belles platines, un
amortisseur placé sur le
coté du moteur et fixé
sur un bras oscillant doté
d'un prolongement très spécifique,
des jantes aux bâtons hyper
fins, des échappements au design calqués sur ceux
de la MT-01,
un réservoir pas bien gros
et une selle à double étage
- Ça bosse grave dans les
bureaux d'études de Yam.
La réaction du public était
enthousiaste au salon de Paris ;
il n'y a pas de raison que ça
change maintenant. De nouvelles
infos fin septembre nous permettront
de davantage cibler la MT-03.
Essai :
J’avoue : à la lecture de la fiche technique, et surtout en médisant sur la puissance fournie par le mono, j’ai jugé cette Yam’ comme un engin surtout basé sur le design mais probablement anémique à la conduite. Jugement hâtif… et presque répressif, car la MT-03 s’est donné mission de vite me remettre à ma place :
Enfin, pas tout de suite. En ce mardi de printemps, je fais la connaissance de cette jeune minaude échappé de l’esprit des mangas japonais. Elle sait qu’elle est différente et joue de ses subtilités. Charmé ou curieux, le regard prend son temps pour se balader le long de cette petite moto qui s’est échappé des salons de design. Une machine qui sent le sucré, l’adolescence… Un brin déluré mais également très travaillé, avec une finition conforme aux standards que Yamaha s’est imposé, c'est-à-dire de qualité. Le bras oscillant et son système de suspension latéral sont vraiment un petit régal à contempler. Seul le tableau de bord minuscule dénote un petit peu : on lui préférait un élément plus stylisé que minimaliste.
Grand guidon, mono qui vibre ; on est vite dans le bain et l’annonce est faite sitôt la première enclenchée : ça va pas être triste.
Assise naturelle et avancée vers le poste de pilotage, bras écartés et les poum-poum du mono pour accompagner, la MT-03 s’élance avec souplesse pour une virée dans la Belledonne. Rapidement, sa personnalité se dévoile : légère, maniable, enjouée, la moto met tout de suite à l’aise. 1 minute d’adaptation et nous voila en route pour les montagnes qui surveillent la région Dauphinoise.
Droite, gauche, frisson pour l’écureuil et bottes qui frottent à proximité des sapins, la MT-03 est un véritable jouet à emmener dans les lacets et l’ascension des cols. Le moulin n’est certes pas très puissant mais offre suffisamment de personnalité et surtout une bonne patate à mi-régime qui le rendent très amusant. Assez souple sur les premiers rapports (il pilonne sous 3000 trs dans les rapports supérieurs), le 660 cm3 donne le meilleur de lui-même entre 3 000 et 5 500 trs. Pas la peine de chercher au-delà : le mono vibre exagérément après les 6500 trs, transformant les bonnes ondes du piston en fourmillements désagréables.
Transmission courte, bons coups de gamelle et grand guidon s’associent pour rendre très vivante la conduite. La moto saute d’un virage à l’autre avec enthousiasme et spontanéité. Evident dans les enchaînements, pas vicieux pour 2 sous, stable et doté d’une belle agilité, ce roadster en offre bien plus que l’on espérait.
Après quelques virages, la vitesse de passage en courbe augmente tout naturellement… et la jambe se tend instinctivement vers l’intérieur. Pas de doute, il y a des gènes de supermotard dans la MT-03. Pourquoi n'ais-je pas pris un casque cross, qui siérait bien mieux que mon intégral ?Impossible de ne pas s’amuser quand la route tournicote.
On en vient vite à demander quelques chevaux supplémentaires (10 de plus, ça serait pas mal) ; Les 45 canassons dont on dispose s’avèrent de temps en temps insuffisants, surtout quand la ligne droite entre 2 virages s’éternisent… Avantage : on peut tourner la poignée sans arrière-pensée et sans risque de dérobade de la roue arrière.
Cela parait évident mais je veux confirmer… et comme prévu, la MT-03 est aussi à l’aise sur l’autoroute qu’un poisson sur le sable. Protection inexistante, vitesse de croisière conseillé entre 125 et 135 km/h (avant de commencer le combat contre le vent), moteur pas prévu pour ce genre d’utilisation… Allons plutôt en ville voir si j’y suis.
Cool ce guidon large, mais pour passer entre les files de voiture, ça handicape un peu. Dommage, car la machine ne demande qu’à se faufiler en usant et abusant de son agilité remarquable. C’est surtout en ville que les défauts de la MT-03 apparaissent : des voyants peu lisibles en plein jour (voir inexistants quand le soleil est au zénith), des suspensions un peu sèches sur les aspérités de la route, et une hauteur de selle qui laisse un choix cornélien pour mes pieds et mon 1 mètre 73 : soit je pose seulement l’extrémité de mes pattes au sol, soit un seul panard touche complètement le bitume.
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Vert ! Un coup de poignet et la MT-03 bondit ! Un bon petit coup de pied vous botte le cul et dresse la roue avant sans effort. Les rapports montent vite, l’envie de faire le con aussi, car la MT-03, c’est de la bonne humeur garantie dès que l’on joue avec le mono. A la décélération, il pétarade avec borborygmes en descendant dans les bas-régimes. Le « coup de piston » à la décélération ajoute au fun, chose que n’appréciera peut être pas la passagère. Son assise est haute, courte, et la gente dame glisse sur le pilote si celui-ci manque de souplesse en rétrogradant.
Le gros gag, c’est quand on enlève la selle pour y caser une broutille : y a pas de place. Tout ce qu’on peut encastrer dans la MT-03, c’est la trousse à outils dont le logement se situe dans la face verso de la selle passager, ainsi qu’un U spécifique fabriqué par ABUS (chut, pas de marque… mais c’est le seul disponible). En pinaillant un peu plus, la béquille n’est pas évidente à saisir, on ne trouve ni jauge à essence, ni indicateur de température du liquide de refroidissement. Et m….. – c’est un peu chiche pour une machine à 7 000 €.
Look, fun , originalité, divertissement – La MT-03 tape plein but dans ce créneau. Un gros jouet agile et marrant comme ça, qui s’adresse à tous ; le concept fait mouche et enthousiasme le conducteur. Seuls petits problèmes : une utilisation et des aspects pratiques limités, un tarif de l’ordre des FZ6, Z 750 et 695 Monster et une place passager peu enviable. Bref, un beau jouet qui prend son rôle très à cœur.
M.B
(photos Motoplanete et constructeur)
Merci à la concession YAMAHA GRENOBLE MOTO |