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Périple pour la concentration des Elephants - récit d'aventures.

Périple pour la concentration des Elephants - récit d'aventures.

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Nous sommes partis aux Altes Elefantentreffen, au Nürburgring à la mi-février. Une aventure peuplée de rebondissements où rien ne s'est passé comme prévu !

   Nous sommes des Elefantentreffener ?


   Il doit être environ 16 heures, ce samedi 16 février. Nous ne roulons plus sur la D657 depuis quelques moments ; bien après Nancy....

   Ces quelques phrases d'intro sont extrapolées du récit de Michael Levivier et Albin Carrière, partis à la conquête des Elephants à Thurmansbang-Solla, dans un vieux Moto-Journal de 2001. Pourquoi cela ?
Car c'est en lisant, en dévorant ce récit que les premières envies de vivre pareille aventure se sont manifestées. Comme un gosse imaginant un futur où tout serait possible et merveilleux. On referme le bouquin, on s'imagine dans le froid avec un sourire incompréhensible et on se dit : « Moi aussi, je veux le faire ! Un jour, j'irais aux Elephants en side ! ».
18 ans après cette lecture, je suis près de Metz avec mes compagnons, sur la route des Altes Elefantentreffen avec un side-car. Le rêve d'autrefois est-il en train de s'accomplir ? Presque mais pas du tout, et aucunement comme nous ne l'imaginions. Coincé entre le téléphone, le 1050 Tiger qui nous sert de moto d'assistance et le soleil qui massacre le séjour, je repense au départ, à ce qui nous a conduits là, à ces semaines de préparation où tout s'est décidé la veille au soir.

   Après son séjour en Espagne, voilà que notre Mash Family Side devra bientôt affronter les rigueurs de l'hiver, saupoudrées du tempérament allemand pendant un gros week-end. Mais là, il n'est pas prêt du tout. Ce n'est pas une couverture et de l'enthousiasme qui vaincra le froid. Alors, on affrète. Au fur et à mesure des sorties au cœur du Dauphiné, par -5°, sous la pluie, dans le brouillard givrant, à la découverte de quelques stations de ski, l'expérience s'accumule et l'équipement s'enrichit. Le side s'est ainsi vu paré d'un pare-brise maousse, de poignées chauffantes, de manchons, de pneus Heidenau à crampons qualifiés boue + neige, d'anti-brouillards, de sacoches vintage et d'un tablier arrivé une heure avant le départ.
Le panier a été re-réglé à ma convenance en ouvrant encore un peu le pincement. Il sort de révision, je sors du boulot, il a neigé la semaine dernière... En route pour les premiers tests.

   La sortie précédente s'étant faite avec l'équipement d'origine, la montée enneigée n'avait duré qu'une dizaine de mètres. Cette fois, aguerri, plus aucune appréhension ne vient refréner mon enthousiasme. Je rallie le sommet avec promptitude jusqu'à plonger dans une vallée sous ombre, où le manteau blanc a gardé ses quartiers sur la route. L'idéal pour découvrir le comportement d'un side dans ces conditions joueuses. On est vite mis au parfum. Quand la neige est fraiche, le grip est acceptable et permet de monter gentiment. Plus vieille ou plus soupée, elle provoque de délicates dérives systématiquement sur la gauche. A la descente, c'est beaucoup plus funky. Un freinage un peut trop appuyé sur la pédale provoque un décrochage du train arrière, lui aussi de gauche. Un léger coup de guidon à droite et c'est la pirouette assurée. Seule solution, relâcher doucement le frein et contrebraquer pour remettre l'engin en ligne droite, avec une gentille déviation permanente à gauche. Le mieux pour éviter le gadin à l'approche d'un virage en descente, c'est de ne pas freiner. Mais si vous laissez trop agir le frein moteur, la roue arrière va vous embarder à gauche. Bref, c'est le bordel.

   Je marche un instant sur la nappe blanche, chaque craquement me grisant d'impatience à l'idée d'en découdre dans la difficulté. Passer une corde autour de la roue avec les doigts gelés ; sortir le side d'un fossé caché, maudire le thermomètre à chaque graduation négative pendant que les flocons épousent les yeux et le nez. Bientôt, bientôt.

   La semaine tire long. Et les prévisions météo me donnent le cafard. Elles annoncent un week-end digne du printemps. Pire, on ne peut espérer des températures négatives que la nuit au Nürburgring. Les webcams finissent de nous achever : pas un cm2 de neige. Je prévoyais un grosse thermos de café brulant.... je me demande si ce n'est pas la glacière qu'il faut emporter.
Ce soir, tout est prêt. Sacs, duvets, vêtements, fourbi. Plus qu'à déterminer comment on partira. Avec le side, c'est sûr ; mais nous sommes trois. L'incertitude planera jusqu'à un coup de tête à 23 h 59. Ca annonce du grand beau, pourquoi hésiter?!? On emmène aussi la Tiger Sport, elle qui ne connait point les routes de Lorraine et de Rhénanie-Palatinat.

   8 h 32. Je suis à 30 de tension. Je charge la Triumph en attendant mes mousquetaires de fortune. 9 h 28, ils arrivent et n'ont que 73 minutes de retard – nous ne partirons qu'avec 2 h 30 de lest sur l'horaire prévu soit une progression d'une heure depuis la dernière aventure. On commence à être bons.
Gaz ! Le cocktail d'un mono et d'un trois-cylindres résonne dans l'abondance de l'aventure. L'astre solaire nous pousse vers la cuisson à feu doux dans nos multiples couches. Mais fi, le frisson du voyage nous refroidira. Les premières craquent, les visières se ferment, les compte-tours se tendent, les pupilles s'agitent, la folie nous envahit...... ON PART POUR LES ELEPHANTS !!!!

   Plo plo plo plo plo... Je ne sais depuis combien de temps nous roulons. Les garde-temps n'ont aucun droit de citer pendant ce séjour. Toutefois, un premier soubresaut vient calmer le périple. On a trop hâtivement fixé le tablier. Une acre odeur interpelle Seb, provoquant une intervention rapide car.... le tablier prend feu du coté gauche. Nous sommes à 350 mètres de notre point de départ. Bon, c'est juste un problème.

   On refixe, on fait gaffe, on repart. Un petit coucou à Chambéry nous gratifie d'une contraction au plexus, ce moment où l'on sent qu'on est vraiment partis. La nationale défile à rythme complaisant puis un feu rouge plutôt paresseux réveille le sens olfactif du conducteur du side-car. Snif, snif, ce parfum n'est pas inconnu ; trop récent même. Cette fois, c'est le coté droit du tablier qui prend feu. Nous sommes au 38ème kilomètre.....
 J'hésite à prendre un Tranxen 800 puis me dit que ce doit être l'os de cette mission. Vaille que vaille, on repart en rangeant le tablier dans le fatras de sac. De toute façon, vu le ciel pour les prochains jours, le froid n'est point à redouter.

   300 kilomètres plus tard et après avoir croisé pompistes, chamois, et quelques gilets jaunes toujours heureux de voir défiler notre cortège, nous arrivons à notre première véritable halte.
Logé au milieu d'un charmant centre équestre dans un tout aussi charmant gite près de Nancy, nous profitons de l'escale pour revoir Romain, partager un diner sympatoche à souhait et recharger les batteries des bonhommes. Comme d'hab, les plans établis tombent à l'eau et nous ne pourrons pas profiter du spa qui nous avait fait de l'œil au moment de la réservation. Mais  qu'importe.
L'atmosphère souple de l'endroit nous berce de rêves de route. La nuit assomme les hommes pendant que son cortège souffle les poussières du frais matin sur les montures. Le réveil en est magique.

   Après le petit déjeuner et la fin des rangements, le soleil darde ses chevaliers de lumière sur la fine couche de glace endormie sur nos brèles. Une vision de poésie, quand l'étincelle meurt en souriant sur le givre. Magique, sublime, il faut vivre dans cet instant.
Sauf que Nürburg nous attend. Les clés tournent dans les barillets. La Triumph tousse péniblement et finit par se lancer ; elle n'a pas aimé la nuit. Le démarreur de la Mash est plus véloce sauf que le moteur veut rester au plumard. Pas moyen de le tirer de là. On insiste, on persiste – on risque de vider la batterie. Allez, suffit de pousser un peu et d'enclencher la deux. Effort collectif, prise de vitesse, séquence frisson, embrayage, paf, et ça part ! Un coup de guidon permet d'éviter le mur à seulement deux mètres d'intervalle. On décolle gentiment, on rejoint une départementale, mon sac à dos se fait la malle au bout de 800 mètres.... La matinée commence bien. I like.

Rien ne semble pouvoir interférer à présent. La confiance est totale. Pendant une cinquantaine de km, nous ne goûtons que la sérénité d'un voyage prévu quiet. Et soudain, tout bascule. Hogger, pilote du moment, sent une perte de puissance et rejoint au plus vite une zone d'arrêt. Le side confirme sa désapprobation par un bruit métallique inhabituel et inquiétant au niveau du moteur. On coupe tout, on se pose, on réfléchit ; et on ne comprend pas tout de suite que l'aventure va totalement sombrer dans la semi-catastrophe.
On ne peut pas rester là, à la merci des loups et de l'effroi. La décision est prise de rallier une enseigne Mash la plus proche. Coup de bol, Il y en a une à 15 bornes. Je remets un peu d'huile par précaution, tout le monde repart, mollo, et c'est la boule au ventre et la poignée de gaz en mode porcelaine qu'on rejoint l'enseigne de Pont à Mousson. Où se vécut un des moments les plus forts du séjour.

   Cinq roues s'arrêtent devant une vitrine sans prétention, similaire à n'importe quelle concession moto. A travers la paroi, une forme apparait, presque imperceptiblement. Elle se grave dans la rétine, le cerveau analyse, les liaisons cognitives s'affolent puis le ciboulot fait un triple axel dans la boite crânienne.
« Les gars, c'est une RC30.... ‘tendez, je vois aussi une RC45.... Argh, y a des VTR SP, une OW31, une NSR 400......Ahouah. On est arrivé à un poste-frontière du paradis. ».
Je suis en transe. L'équipe de cette concession est mordue de belles motos, de modèles emblématiques. Je prends le temps de baver quelque peu tandis que le mécano ausculte brièvement notre mécanique. La sanction tombe vite. Il semblerait qu'un jeu important dans les culbuteurs soit la cause de nos tracas. Mais l'atelier ne peut intervenir. On nous conseille de rallier un Mash Center situé à quelques encablures. Chose que nous ferons avec encore plus de doigté et une moyenne d'escargot sous le joug d'un frein à main. Une fois posé dans la banlieue de Metz et le contact pris avec le responsable, on veut malgré tout espérer. C'est hypothétiquement juste un problème.

   Peut-être que ce sera réparable dans l'après-midi, peut-être que nous pourrons repartir ce soir, peut-être que nous rejoindrons le Nürburgring dans la nuit, peut-être que.........
Surement que nous allons changer de plan. Le problème semble important. Au centre Suzuki-Mash Acte 3 de Augny, notre interlocuteur n'est pas optimiste. Nous tenons d'ailleurs à remercier Damien Todeschini  pour le temps et l'énergie qu'il nous a consacré. Dans ses yeux, je vois bien qu'il tente de nous ménager.
Il saisit que nous guettons le moindre espoir de continuer.
Il prend des gants pour nous annoncer que le père Noël n'existe pas.
Il n'intime pas mais conseille : aller plus loin serait une mauvaise idée, le coup de poker est trop incertain.
Mieux vaut laisser le side-car en observation. Du coup, on fait quoi ? Nous sommes toujours trois, avec du chargement, et une seule moto valide. Les idées partent alors dans tous les sens pour la suite des évènements :
Jeter l'éponge et rejoindre le campement de gilets  jaunes situés à 200 mètres pour une soirée chipolatas et palettes brulées ; Envoyer un émissaire chez Romain pour lui piquer sa meule, l'air de rien ;  Louer une moto dans les parages ;  ou un gros fourgon pour balancer bardas et side dedans afin de l'amener coute que coute sur la trace des éléphants ?  Bref, il est 16h30, le soleil devient rasant et il faut trancher.

   Bien sûr, le dégout est tel qu'on pense à rentrer. L'aventure n'a plus de sens maintenant. A contrario, l'objectif n'est qu'à 200 km. Ce serait ballot de s'en priver. Emerge alors l'idée de poursuivre la route... Avec la honte ultime : prendre une voiture. Tout au fond de mes tripes, l'horreur est similaire aux pires instants de mon passif de motard. De ces moments pétrifiés qu'on s'évertue de bannir de sa conscience. J'espère m'évanouir, je gamberge, je fulmine...
Une heure après, je suis au volant d'un crossover à 4 roues.
Hogger, bercée par le trois cylindres asthmatique de notre boite à roues, me bave sur l'épaule tandis que la Tiger que Seb a repris en main me fait des clins d'œil dans le rétro, semblant me dire toute sa fierté de sauver notre honneur de motards déconfits.

   Au revoir le Mash, ciao Metz, Guten abend das Land. Nous passons la frontière avec 6 roues, sans apercevoir le moindre panneau ni quelconque signe que nous avons changé de pays. L'Europe a effacé certains traits sur les cartes. Notre GPS a depuis attrapé une drôle de maladie. A vrai dire, un vaccin serait un mot plus approprié. Lui qui indiquait 50, 70, 80, 90, 110 en alternant toutes les 30 secondes, le voilà qui indique...... plus rien. Aucune information sur la vitesse autorisée n'apparait à l'écran. Mais bien sûr ! Nous somme en Allemagne, sur une portion non limitée. Le temps de percuter et une demi-douzaine de véhicules ont déjà pris la poudre d'escampette. La moto et la voiture se regardent, sourient, sont soumises à une notion rarement éprouvée dans leur utilisation : la liberté.
Pied-tôle, poignée dans le coin. La Triumph bondit tandis que la bagnole reste sur place. Il y a pourtant aussi un trois-cylindres sous le capot, mais avec autant de watts qu'une machine à café. A force de conviction, l'équipage atteint une vitesse de croisière de 180 km/h. Dangereux ? Chacun son opinion sauf que....
Rarement je ne me suis senti autant en sécurité qu'à cette vitesse sur une autoroute. Cela semblerait inconcevable voire démentielle, surtout à notre époque où les élus donneurs de leçons roulent à des vitesses interdites en quasi impunité. Pourtant, là, filant dans la vitesse comme abreuvé de gourmandise, tout est clair, calme et serein. Evidemment, si une vache traverse, un camion se renverse ou une voiture pile, c'est le gros volume assuré. Voyons les choses à travers le regard : il est focalisé sur la conduite, comme l'ensemble du pilote.
On se fout de la vitesse, elle n'est pas contrôlée.
On oublie les forces de l'ordre, les radars, les « oui », les » non », les « attention » - tous nos sens sont concentrés sur la conduite. Elle monopolise toute notre attention. Le pilote est attentif à sa machine, à sa trajectoire, à son environnement – En France, quidam conduit tout en songeant à son tachymètre, aux radars annoncés, aux radars planqués, aux 80 ou 90 km/h en fonction du profil de la séparation des voies, etc.... et les 20% d'attention qu'il reste, c'est pour la sécurité. Contraria contrariis curantur.
Attention, je ne dis pas de faire la même chose ni que cela doit être une doctrine – ce n'est que le partage d'un sentiment vécu.

   Nous approchons. Plus le paysage défile et plus j'enrage. Même au sein de la nuit, le paysage ne peut retenir ses promesses d'évasion. Qu'il aurait été enchanteur de se perdre entre ces arbres, ces périls et ces questions. Les routes deviennent plus étroites, plus tortueuses. Les panneaux plus révélateurs. C'est là, tout proche. Soudain, éclatant comme un phare dans l'océan de la compétition, le nom « Nürburgring » apparait de toute sa splendeur écarlate. L'amertume s'en dissipe. Encore quelques minutes à chercher pour finalement voir cette affiche discrète et presque anonyme des « Elefanten » où s'amusent goguenards quelques-uns de ces pachydermes sur des bécanes stéréotypées.

   Nous n'avons qu'une moto, la bienvenue. A ses cotés « notre » voiture, avec laquelle nous ressentons le déshonneur. Si on la planquait ? Si on la garait loin, sous les arbres, dans le lac gelé, pour que personne ne se doute ? La pilule passe un peu mieux à la vue d'une rangée de boite à roues quelques mètres après l'entrée. Elles sont quasiment toutes là. Le camping étant en dénivelé, il semble acquis que seules les deux ou trois roues aient le droit de tenter l'excursion dans les montées. Comme un anoblissement : les vrais, les purs, les courageux iront au sommet. Les prétendants devront apprendre puis tenter leur chance.
Il est tard, on a raté l'essentiel de la soirée, mais mieux vaut préparer le maximum. Hogger plante prestement la tente principale, Seb organise le camp, je pars à la conquête du bois. Bien que le-dit Seb ait prévu quelques bûches bien sèches, il me semble opportun de renforcer le stock. Effort quasi inutile tant les morceaux ramassés auront du mal à brûler. Prenons quelques forces avec une boite de cassoulet et sa cousine aux flageolets, prises dans le tourment des flammes. Réchauffons-nous puis visitons vite. Nous verrons le meilleur au petit jour.

   Le soir doit-il s'éteindre dans les haricots ? Tentons plutôt de meubler les rêves avec quelques promenades. Le chemin sait être accueillant. Déjà, les herbes et la boue craquent sous la prise du givre. Au fur et à mesure, nous apercevons flopées de sides et de GS. Plus haut, de la musique. C'est là que l'émotion passe un nouveau cap. Une grande tente contient mélodies et joies, autochtones et au-delà, bières et passe-droits. La moitié des individus présents foutent la trouille alors qu'ils doivent être d'une sympathie redoutable. Ce sentiment étrange provient-il de la musique digne de délires psychotiques de métal en fusion ? Ou bien est-ce ce délicat personnage se curant les dents avec le couteau de Rambo ? A moins que ce ne soit la chorégraphie locale basée sur la destruction d'épaules et d'oreilles qui nous laisse admiratif ?
Une table vient d'être détruite.... Faut se barrer ! Ah, ils la reconstruisent ? Ils sont bien élevés. On peut rester.

   Partageant houblons et Jäegermeister avec nos hôtes (on a un peu le sentiment de s'inviter dans une fête de famille aux liens solides), nous découvrons divers personnages mi-viking, mi-motard, vêtus de peaux de bêtes, ou de simple caleçon. Ici, le plus caricatural se mélange au commun des mortels dans une fête bruyante où la plupart des Elefanten placardent  fièrement les écussons des éditions passées sur des fripes usées à la corde. Mais les novices ne sont pas placardés ni bizutés pour autant. Si t'es là, c'est que tu le mérites. Et le partage est de mise, à l'image de cette énergumène chancelant nous offrant une rasade de tord-boyaux artisanal tandis que nous regagnions notre campement.

   Cette nuit aux Elephants fut d'une félicité inconnue. D'abord, on a planté la tente de travers. Ce qui fait que les locataires se retrouvaient fatalement en vrac pendant le sommeil. Hogger, très avenant, nous a laissés la tente pour dormir à la dure dans son poncho militaire polonais se transformant en abri d'une demi-place. La vision ferait exploser de rire Freddy Krueger. Nous espérions du froid pendant de séjour mais il n'a été que peu coopératif. Presque trop chaud dans notre logis, avec une température légèrement inférieure à celle d'un frigo. Bon, certes, l'eau dans les bouteilles a gelé mais ni les nez ni les pieds. Seb s'est gardé le meilleur de la nuit en se torturant d'inconfort car il n'avait rien pour s'isoler du terrain. Réveiller par la fraicheur du sol à 4 heures du mat, le vaillant a songé à se réfugier dans la bagnole... avant de percuter que les clés étaient gardées par le cerbère ronfleur et sa tente polonaise. Entre la morsure de la nuit et l'idée de fouiller dans le calbute de Hogger, son choix fût vite fait.  Tant pis pour le sommeil. Mais au lever du jour, on aurait dit Michael Jackson...

   Dimanche amer. Le réveil est dur, mais pas plus qu'à un Bol d'or à Magny-Cours. Sauf qu'ici, c'est calme. Pas de gueulards, pas de rupteurs, pas de tronçonneuses qui se court après. Sans compter un confort qui me déçoit presque. De l'eau chaude, brûlante même, au robinet dans les sanitaires. Un endroit d'une propreté exemplaire, avec des douches et de quoi laver un régiment.
Tout le monde s'affaire, plie, range, démarre ; ça sent le départ. Visitons vite avant que le peuple n'ait déserté ce fort éphémère. Arpentant la même route/piste qu'hier, la splendeur des engins se révèlent pleinement. L'Ural est roi, le GS prince. Plus on monte et plus la création devient évidente. Les Elephants sont un processus d'évolution Darwinesque pour ses plus fidèles adeptes. Les motos et les side-cars se sont adaptés aux environnements hostiles, rivalisant d'ingéniosité pour affronter les rigueurs. Le développement artisanale de certains prototypes adoubent de vrais aventuriers, de ceux prêts à tout, ne reculant ni sous la bourrasque, ni sous le blizzard. Certaines motos semblent prévues pour résister à un hiver nucléaire. Notre palme reviendra à un side tellement poussé dans son développement qu'on aurait dit un mobil home en miniature.
Les détours sont nombreux, et se mêlent joyeusement des motos du froid jusqu'aux pires horreurs du concept rat's. Quelle claque de voir des commandes aux pieds, un guidon et des éléments de châssis fabriqués dans de l'armature pour béton armé de 16 mm de diamètre. La tringlerie de sélection doit peser trois kilos à elle toute seule. L'infamie asservie.

   Clac, le top-case se verrouille ; Broupouf, le coffre est clos ; Vabroummm, les deux moteurs chauffent doucement. L'un vrombit d'un souffle puissant, l'autre tremble tel un souffreteux. Nul besoin de préciser lequel vit dans la moto. Nous avons été parmi les derniers à arriver. A peine quelques heures plus tard, nous sommes les derniers à partir. Profiter des Altes implique d'arriver le vendredi. Une belle série d'animations ponctuent le week-end. Les affiches sont explicites dans la langue de Goethe. Comme vous l'aurez compris, on n'a rien compris.
La mousseline d'hiver ne craque plus sous les pas. Les cieux lui ont rendu son moment d'humidité. Les bons Bridgestone à moitié slick ne goutent pas de joie cette verdure trempée. Ca glissouille à droite, ça décroche à gauche, ça va pas tarder à ce que je m'en colle une... Mollo sur les gaz, tranquille sur l'équilibre, une bonne flaque de boue pour se rétablir et tout le monde se sort de là sans mal. Quelques dernières photos seront notre au revoir.

   Ne rentrons pas sur le champ, ô compagnons. Flirtons un moment avec le circuit du Nürburgring et ses alentours. Quelques badauds sont de la même curiosité, papillons perdus dans cet immense complexe. Les surfaces, la taille des bâtiments, la rigueur des profils de construction, la sensation impérieuse des infrastructures poussent à l'admiration. Aucun circuit français ne peut rivaliser. Une envie commune de vivre un week-end de compétition nous saisit tous. On se fait la promesse de revenir pour assister à un grand moment.

   Cette fois, on rentre. Scrutant l'horizon, j'imagine sans peine une bonne douche dans seulement 777 km. Une paille. Au moment où j'enfile le casque, un souffle léger, presque floconné, détourne mon attention. Je regarde vers l'Est, à l'orée de la Tchéquie. Mes songes s'échappent vers Solla, vers la concentration officielle, vers la prochaine étape, vers l'épreuve suivante. Mes cavaliers de l'infortune sont déjà partis, à seulement une envolée de mon guidon. Je suis en route aussi, mais si loin de ce qui défile sous les roues...
Seb aura trouvé la phrase juste, la pensée ultime qui résume parfaitement ce périple : « On a été aux Elephants, mais on n'a pas fait les Elephants ». La faute à une mécanique souffrante qui nous a coupé les ailes, et à ce p*%$ de réchauffement climatique qui nous a privé de l'hypothermie promise aux Eleph'.

   Je tiens à remercier très chaleureusement les différents acteurs de cette aventure, pour en avoir été, pour leurs conseils, pour leur aide, pour tout ce qui a fait chaque ligne :
- Seb et Hogger, valeureux camarades de périples
- Charles-Henrick Gaurier pour le choix dans les pneus Heidenau
- Romain pour nous avoir sauvé la soirée
- Damien Todeschini de la concession Acte 3
- Camille
- L'équipe de Moto Passion Racing, à Mousson
- Manouchou

Greg - M.B.


Retrouvez ici toutes les photos de ce voyage aux Elephants 2019

J'y suis allé en 2013 et 2014.... Neige en 2013 et pluie en 2014.... Le tout en side 250 MZ!

C'est Solla où il faudra aller la prochaine fois, si tu peux....
J'y suis allé en 1991 et 2012.... Dépaysement garanti!
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