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Les essais du M.R.T
 
Yamaha R1 2002
Essai                                                                           Voir sa fiche technique

        9 mois. Il aura fallu ce temps pour que je me décide à vous parler d’elle. Ne me demandez pas pourquoi mais je n’osais montrer sa généreuse nature auparavant. Peut-être avais je peur de dévoiler une intimité qui nous appartenait et que je ne voulais partager. Aujourd’hui, face à elle et au soleil d’avril, quelques jours avant notre séparation, j’ai décidé de tout vous raconter.

        Cela a commencé par une envie subite, un désir profond, et un regard qui ne demandait qu’à l’adorer. Du premier au dernier jour, la beauté de la R1 m’est toujours apparue aussi intense. Grosse évolution de l’hypersportive Yamaha apparue en 98, l’YZF 1000 R1 est sans conteste l’une des plus belles réalisations de l’histoire du constructeur au diapason ; et, j’oserais dire, l’une des plus belles motos conçues depuis que les 2 roues ont des moteurs.
Agressive, tendue, aiguisée, excitante, la R1 vous prend aux tripes par sa silhouette. Son cadre noir, son carénage ajouré, ses belles pièces d’alu, ce magnifique train avant avec sa fourche inversée et ses arrogants étriers de frein, cette finition, ce magnifique bras oscillant renforcé… Quel délicieux supplice de l’œil – une vraie garce qui semble vous inviter par un strip-tease. Pour vous aguicher encore plus, elle semble prête à bondir, à chasser le premier chrono qui passe avant qu’il n’ait eu le temps de faire bip.
Un tour de clé et le magnifique tableau de bord prend vie pendant que l’aiguille du compte-tours effectue un aller-retour, balayant les 13 chiffres de graduation. Avant même de s’élancer, la R1 vous inspire l’ambiance "racing". Vous n’êtes pas à bord d’une gentille sportive ; vous êtes aux commandes d’une machine de course. Impression confirmée et renforcée dès que les mains accèdent aux demi-guidons. Nom de …, ce que c’est bas ! La position de conduite est complètement basculée sur l’avant, avec des jambes bien repliées et en arrière, et des poignets qui dégustent au bout de 5 Km. On a l’impression qu’ils sont au niveau des disques de frein – vous avez déjà fait des pompes ? Mettez vous en position et restez statique en haut ; c’est pareil. Ajoutez à cela un réservoir qui vous écarte bien les jambes et vous vous rendez tout de suite compte que la R1 est sans compromis. La belle se mérite ? Nous allons voir.
Etonnant comme une moto peut distiller autant de contradictions en quelques Km de balade gentillette. On se laisse emmener par la souplesse du 4 cylindres à 20 soupapes tout en notant qu’il délivre une légère rugosité à très bas régimes. Coupleux dès les 3 000 tours, il nous entraîne progressivement dans la danse pendant que l’on découvre la fermeté non exclusive de la moto. Ferme, comme la selle qui n’est cependant pas radine en mousse et qui ne vous détruit pas le derrière ; Ferme, comme les suspensions qui font toutefois preuve d’un élégant confort, traitant l’information transmise par la route et adoucissant les aspérités de celle-ci. Attention, ça n’a rien à voir avec un amortissement de routière. Mais la R1 ne vous gratifie pas de sévères coups de raquette comme on peut rencontrer sur les italiennes. Il n’empêche que cassé en 2 et après une série de bosses sur la route, le pilote commence à souffrir au bout de ¼ d’heure d’utilisation. Mais un petit viron vers les routes de l’Ain va rapidement tourner à la passion quasi charnelle.

        Vitesse stabilisée - 5000 tours. Le moteur commence à gronder et semble vous causer à travers son rauque et ses vibrations : "Mais qu’est-ce tu fous ? Envoie les watts et magne-toi !". Bon, OK. Sortie d’un virage lent, tombe un rapport et tourne la poignée. C’est maintenant que le bouilleur va lever le voile. Sans un instant d’hésitation, la moto décolle comme poussée par un lance pierres. On sent véritablement le couple "porter la moto", tel un avion à réaction en train de s’arracher du sol. Ensuite, vers 6-7000 tours, c’est la puissance qui prend le relais et transforme l’environnement externe en Space Moutain. Assez linéaire dans ses montées en régime, le moulin manque un peu de caractère mais pas de puissance. Ca pousse fort, très fort, le train avant cesse les négociations avec la route et les chiffres digitaux de vitesse défilent comme c’est pas permis. Dans les hauts régimes, le 4 pattes s'envole avec rage, ne faiblit à aucun moment et devient carrément furieux après les 10 000 trs. Un coup de shiflight (programmable) avertit qu’il est temps de donner un petit cou de botte. Les rapports passent quasiment tout seuls et la boite verrouille sans souci. Il n’y a que sur les premiers rapports à faible vitesse que la sélection peut se révéler légèrement capricieuse.
Avec la patate qu’il y a dans les cylindres, il y a de quoi vite fondre un plomb. La prudence est de mise lorsqu’on commence à la taquiner sérieusement. Agile (et c’est bien mieux avec un 180 à l’arrière à la place du 190 d’origine), la R1 demande toutefois à ce que l’on place sur l’angle. Elle y descend progressivement (mais pas instinctivement) puis se cale dans un rail très sécurisant. Gaffe, on arrive vite… Une entrée en virage un peu en catastrophe, un attrapage de frein mal géré et la direction se verrouille alors que la moto se relève. Merde, fais attention ! Quelques cols et il faut se faire à l’évidence : la Yamaha n’est pas si facile. Heureusement, la révélation se fera quelques jours plus tard, sur le circuit de Lèdenon.

        Première session, ça enroule correct mais c’est pas ça. La machine ne se donne pas complètement et mes trajectoires n’ont rien d’excellentes. C’et bizarre, pour une bête de circuit. La journée passe, je m’interroge, et soudain, dans le triple gauche, la révélation. Entrée en force, regard sévère, main de fer et conduite autoritaire. La R1 se love dans le virage, tient la corde et sort en douceur. Je visse la poignée, le pneu arrière arrache quelques morceaux de bitume et le nez décolle. Ensuite, la machine et moi envoyons du gros avec une évidence et une facilité de premier ordre. Voila le truc : il faut y aller franchement et sans hésitations. Pour donner le meilleur d’elle-même, la R1 réclame une conduite autoritaire, musclée, rapide et énergique. Dès lors, elle devient un régal de précision et de sportivité. Elle se place désormais toute seule sur l’angle et devient un véritable outil, tranchant comme un rasoir et purement jouissif dans ses évolutions sportives. La position du pilote, intenable en balade dominicale, prend alors tout son sens. En arsouille ou sur circuit, on se sent tout à fait à l’aise, totalement dans l’esprit "race" et aussi indicatif que la moto. Ré-adapté à la route, la conduite musclée est aussi efficace, la moto ne pêchant que par son train avant très vif que ne demande qu’à guidonner. Un amortisseur de direction est véritablement indispensable, et même avec, on sent que l’avant est aussi incisif que bouillant.
Le freinage, si réputé, fait lui aussi très fort. Une petite merveille, au feeling remarquable doublé d’une puissance impressionnante et parfaitement dosable. Que ce soit la poignée d’accélérateur ou le levier de frein, la connexion entre la main droite et la machine est sensationnelle. Menée tambour battant, la R1 est du concentré d’adrénaline et d’endorphine.

        Bon, faut penser à rentrer. La nuit tombe et la route est longue. La R1 va faire payer son exclusivité. La bulle est jolie et son design saignant à souhait, mais la protection est minable. Pressé au point de rouler très vite, on ne tiendra pas longtemps à une vitesse supérieure aux 240 Km/h. Ca fait déjà longtemps que les cervicales sont au maximum de tension mais le problème, c’est que le devant du casque intégral commence à s’enfoncer dans la mâchoire. Pas la peine d’insister.
Une pause ravitaillement au bout de 170 Km et il commence à flotter un peu. Malin, j’ai eu la présence d’esprit d’emporter un pantalon de pluie. Mais avec un mini U et une boite de préservatifs, c’est tout ce qu’on peut caser dans le coffre. En partant, une moto-stoppeuse aimerait bien tailler un bout de route avec moi. Pourquoi pas. Elle escalade la selle, se retrouve avec les rotules au niveau du menton… et me traite d’enfoiré au bout de 15 Km tellement elle trouve la place inconfortable.

        Exigeante, exclusive, généreuse et belle à se damner, la Yamaha R1 est l’une des plus belles maîtresses du sport. Certaines motos vous plaisent ; d’autres vous interpellent ; quelques unes, rares, habitent vos rêves et vous donnent parfois le frisson avant même que vous l’ayez démarré. La moindre balade a vite fait de se transformer en séance de qualification, et le soir, après une bonne balade, vous rentrez fracassé, mais heureux.

Les essais du MRT    
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