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Les essais du M.R.T
 
Yamaha R1 2004
Essai                                                                           Voir sa fiche technique

      En prenant ma douche ce matin, 1 hr avant l'essai, je m'interrogeais en moi-même : "Certaines circonstances de la vie font que rien ne sera plus jamais comme avant... Qu'est-ce qu'on ressent à ce moment là ?" Maintenant, je sais.

       C'est elle qui m'a donné la réponse. Elle, la seule, l'unique, la R1. Un nom gravé dans le marbre de l'histoire moto. Une moto qui n'a cessé de déchaîner les passions, se bonifiant sans cesse depuis sa création jusqu'à parvenir au sublime. Belle ? Le mot n'est pas assez fort. Enivrante, déraisonnable, passionnelle jusqu'au crime, cette sportive est un joyau dont l'oeil ne se lasse jamais. Une machine qu'on exposerait dans son salon comme une oeuvre d'art. D'accord, j'arrete la pommade. De toute façon, il suffit de la voir pour tomber sous le charme.

      Casque, gants, adrénaline, appréhension.. Je suis prêt. Sans faire le cérémonial de Rossi devant sa RCV ou sa M1, j'approche avec timidité et respect puis m'installe avec délicatesse. La main est fébrile, le coeur sous pression, l'émotion palpable. La clé tourne dans le barillet et le magnifique tableau de bord se réveille avec son festival. L'aiguille du compte-tours fait un rapide aller-retour, la batterie de voyants s'affole un court-instant - le check-up est terminé, on va partir.

      Dddjjiiiii...Braouououououuuu ! Le 4 cylindres s'ébroue avec son cortège musical. Même sur le régime du ralenti, le moteur ne peut dissimuler sa joie. Le travail des ingénieurs sur l'accoustique et la ligne d'échappement est très flatteur. C'est homologué mais ça ronfle bien. Quelques petits coup d'accélérateur mettent dans l'ambiance : y a du monde là-dedans, et ça n'a pas l'intention de dormir. Filet de gaz, décollage... et calage. Bonjour la honte ! Je suis un poil impressionné et la R1 me sanctionne. Re-démarrage et j'en déduis un premier constat. La machine ne veut pas d'une main hésitante - elle exige de la conviction, quelqu'un qui prenne les choses en main, pas un minet qui sort des jupes de sa maman. Réclamant une main sûre, elle gratifiera au-delà de mes espérances. Nous partons en direction des Eychelles, où nous attendent passions et félicités.

       Avec des demi-guidons aussi bas et inclinés, je crains le pire sur les quelques kilomètres nécessaires pour sortir de la ville. L'assiette est franchement basculé sur l'avant (comme une vraie hypersportive en fait, bien que cela reste moins marqué qu'une Ducati 900 SS), et on craint d'avoir les poignets en vrac en moins de 3 minutes. En fait, cela reste supportable car l'ensemble de la machine offre un certain confort. La Yam n'est pas un bout de bois. Ses suspensions filtrent assez bien les petites bosses et ménagent quelque peu votre squelette. 'Tention, n'allez pas vous imaginez que vous êtes sur une SVS ou une ancienne CBR. C'est quand même raide ; mais on est loin de l'ultra radicalité des italiennes. Quelques minutes se sont écoulés et je commence à me sentir à l'aise. On n'est pas si mal que ça sur cette moto, qui évolue sans problèmes sur un rythme pépère... en attendant de lâcher les chevaux.

       L'horizon se découvre. C'est maintenant que je pénètre dans un monde où rien ne sera plus jamais comme avant. L'homme et la machine se comprennent, la route se tord sur elle-même, la R1 me sourit, mon cerveau fait demi-tour, je visse la poignée - LA PARTIE COMMENCE - ECARTEZ VOUS !!!!
Trop heureuse de pouvoir enfin s'exprimer, l'YZF lâche tout ce qu'elle peut à la roue arrière dans un grondement tout simplement jouissif. Le moulin commence une poussée sérieuse vers 4 000 trs et grimpe sans aucune inertie dans les tours. Le bridage intervient vers 10 000 trs et me prive de la folle puissance dont est capable ce monstre. J'enrage. L'aiguille peut continuer à monter mais seulement pour nous faire profiter de la musique du bouilleur (et quelle musique). Le mode d'emploi s'assimile en moins de 2 et l'on en vient à passer les rapports automatiquement en entrant dans la zone des 5 chiffres. Pas besoin de regarder le compte-tours, ça se sent.
Je ne relâche pas la pression. Les rapports montent d'une simple touchette du pied. La boite est excellente et verrouille sans problèmes. Z'on fait des progrès chez Yam. Une vraie transmission de Ferrari : précision chirurgicale et rapidité bluffante. Les virolos s'enchainent pour le plus grand bonheur du train avant. La fourche guide la machine sur un rail invisible d'où la machine ne se dérobe jamais. J'imprime une trajectoire et la moto suit. Sur l'angle, elle s'y inscrit tout naturellement, y demeure sans bouger d'un cil, reste stable et imperturbable. Vif, l'avant ne peut véritablement oublier la légende de ses ancêtres. En arrivant sur des bosses avec un rythme sportif, on sent un très léger début de guidonnage que l'amortisseur de direction annule presque immédiatement. La R1 s'est achetée une conduite. Un sursaut de mauvaise humeur et les garde-fous agissent sans traîner. Maintenant, on passe dans l'autre dimension. Le paysage défile en accéléré, la machine m'obéit avec bienveillance, nous virevoltons dans les courbes du bonheur avec sérénité. C'est ça qui m'a le plus bluffé : doté d'une réputation sulfureuse, la R1 n'a cessé de me mettre en confiance, acceptant sans broncher mes corrections de trajectoire, ne faisant jamais preuve de coups foireux ou d'attitude dangereuse. Mais en serait-il de même avec ses 180 bourrins ?
Retour effectué à vitesse soutenue jusqu'à une rencontre imprévue : 2 BMW R 1150 RT (C'est ça que veut acheter Willy...ing) de la police en patrouille juste devant moi. Je me traîne tranquillement derrière eux puis rigole doucement en les voyant pencher dans le virage. Les culasses des twin bavarois sont à la limite de racler le bitume alors que la machine que je mène d'une seule main semble évoluer avec une insouciance presque insultante. Combat devant, quiétude derrière. Bon, ils tournent à droite... je remets du gaz. Impossible d'endiguer ce flot d'adrénaline et d'endorphine qui se déverse dans mes veines.
Jusqu'à que je passe de l'autre coté de cette butte... où un gros tracteur avec sa remorque se traîne jusqu'au champ. 1/4 de seconde de sueur froide et j'empoigne les freins. La réponse est instantanée. La roue avant se plante dans le bitume à en imprimer des plis sur l'asphalte. Le freinage est un prétexte de bonheur à lui tout seul. Le feeling est sensationnel, la puissance colossale - on a l'impression que les disques réagissent à la volonté et non à l'effort de la main droite, comme si les étriers étaient connectés au cerveau. Je repars, une légère impulsion sur le guidon et j'amorce un wheeling. Pas besoin de forcer, la machine a le sang qui bout.

        C'est quand je commence à prendre mon pied que je regarde la pendule. "Faut rentrer !" Merde, pas envie. Mais chez Flash 73, ils ont déjàété bien sympa, faudrait peut être pas abuser. J'arrive doucement et je dois être honnête : même si la R1 est fantastique à conduire, je commençais à avoir quelques raideurs dans les poignets. Je la gare, pose les pieds au sol... mais j'ai toujours pas envie. "Allez, faut la rendre !" me dit ma conscience. Je ne suis pas d'accord. Je la veux pour moi. Elle est exceptionnelle... Je finirais par me résigner et rendrais les clés.
Maintenant je sais ; c'est ce mardi à 10h24 qu'à eu lieu ce moment rare et précieux : il y a eu avant la R1 ; ce ne sera plus pareil après.

Les essais du MRT    
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