Fiche moto ACCUEIL > FICHES MOTO > KAWASAKI > W 800 2011 > Essai
Partagez avec vos amis :
Partagez avec vos amis :

Charmeuse des années

Kawasaki W 800
 
Kawasaki

Essai de la Kawasaki W 800

          ‘’L’important, c’est de se faire plaisir’’. Cette notion prendra des valeurs aussi différentes qu’extravagantes suivant l’individu qui prononcera cette phrase. Cela peut se définir par une vitesse de pointe déraisonnable, un angle de ouf, l’appartenance à une tribu, ou le gout de l’aventure entre les dents. Et pour certaines, cela se résume à une philosophie de vie. C’est ce créneau qu’a choisi d’occuper la W 800.

          Mais si, vous la connaissez bien. Enfin presque : elle est la fille légitime (et quasi clonée) de la W 650, qui a traversé nos routes pendant quasiment une décennie. Et si vous avez zappé ( ce dont je doute ;-) l’excellent résumé-contact écrit par… moi, je vous en rappelle les grandes lignes. La Kawasaki W 800 est une moto dans le plus pur style  vintage, souvenir de la W1 des années 60, et concurrente directe de la Triumph Bonneville. La version 650 de 1999-2006 n’ayant pas réussi à franchir le cap écologique des normes Euro3, cette demoiselle de fière allure avait du se retirer des concessions. Le temps d’un soupir et la revoici avec un moteur plus propre, plus gros, plus joufflu.

          La base technique est très proche de la 650. A tel point que nous nous attarderons sur LA modification de cette machine : le moteur. Ses côtes ont pris de l’embonpoint grâce à une augmentation de l’alésage. Tout ceci au bénéfice du couple, car la puissance n’a rien d’exceptionnelle ; une donnée qui n’a pas vraiment d’importance sur ce type de machine. L’injection, indispensable, nous rappelle sa présence par du bon et du moins beau. C'est-à-dire ? Approchez, courbez le genou, et laissez votre regard se promener autour des ailettes de refroidissement. Alors, hein, il n’a pas une belle bouille ce bicylindre parallèle ?!? C’est de la nostalgie qui va bien, du plaisant à regarder, et n’importe quel motard ayant roulé dans les années 60 s’approchera avec curiosité de cette W. Coté finition, on sent que la moto n’a pas été construite à la va-vite. Petit bémol, quelques bouts de fils électriques se baladent au niveau de l’injection – peut-être qu’un petit enjolivement pour cacher ça (comme de faux carbus, histoire de pousser l’esprit vintage à fond) n’aurait pas été superflu.
Frein à tambour, pots saucisson, selle plate à boudins, soufflets de protection de fourche, quelques détails très sympas comme les garde-boues, le cache de filtre à huile et le protège-chaine en métal chromé, la distribution par couple conique, et les promesses de balades bucoliques…. Allez, go, faut que j’essaye ça à tout prix.


          Clé, contact, ignition. Les aiguilles se réveillent avec la gueule de bois. Le temps nécessaire pour leur va –et-vient de check-up semble durer le temps d’un sablier Microsoft. Sans doute un premier clin d’œil du genre ‘’détends toi, on va rouler’’. Même les commodos semblent d’un autre temps. Le moteur se lance dans un ploum-ploum feutré presque trop discret. On le laisse chauffer gentiment puis on s’élance. Et la décontraction est immédiate. Facile et maniable comme on aime, on n’ose pas lui demander d’être plus facile tant elle l’est déjà. La W 800 met tout de suite son pilote à l’aise, comme une jeune fille qui voudrait vous accompagner partout pendant votre séjour. Elle se place sur la route d’une pichenette, se faufile tout en douceur, parait fluette tant on ne sent pas son poids. La position de conduite naturelle continue de vous mettre à l’aise pendant que le twin vibre gentiment, vous rappelant sans vous déranger qu’il vit juste en-dessous.

          La route file toute seule. On est tenté tout simplement de se caler sur les 3000 trs pour flâner, oublier le compteur fugacement posé sur 90 km/h, mettre le temps dans sa poche et oublier de le poursuivre. Oui mais voila : devant, y a Brigitte qui nous attend, et derrière, y a un VN 1700 Bagger qui pousse. C’est peut-être bien le moment de sortir la W 800 de ses gonds et de l’emmener sur un terrain pour laquelle elle n’a pas été prévue : l’arsouille. Ce qui va nous permettre de saisir sur le grill cette chair fraichement découverte.
Gazzzz ! On tourne la poignée plus sincèrement, on bifurque sur une route bien tourmentée et… on improvise. Je tiens à préciser que la balade vient de prendre des allures de petit rallye entre amis.
Un peu creux sous les  3000 trs, le 773 cm3 n’est pas un monstre de puissance. Sa cinquantaine de chevaux et une vivacité moyenne à monter dans les tours n’ont rien de sportif. Ce qui ne veut pas dire qu’il s’ennuie ; il prend la juste mesure de son effort, histoire d’être prêt lorsqu’il approchera de la zone rouge. Vers 6500 trs, un grognement tantinet rageur se fait entendre, accompagnant les bielles dans un ultime assaut jusqu’au rupteur 1000 trs plus loin. La poussée n’est pas exceptionnelle mais volontaire et presque charismatique, comme un bourgeois anglais bien élevé qui viendrait pousser son premier coup de gueule dans un bar irlandais. A la descente de la colline, la décélération s’accompagne d’un ronflement très agréable. Pourtant, ce moteur a envie de nous en dire plus, de s’exprimer plus. On sent clairement que sa voix est castrée, que son caractère se distille plus qu’il ne s’exprime, que Madame le veut présentable pour les soirées mondaines alors que l’Ace Café lui fait du rentre-dedans. Avant de penser à libérer les nains de jardins, si on libérait les pots ?!?


          Courte halte pour faire le plein. Personne n’avait de débitmètre sous la main… qui n’aurait de toute façon pas été d’une grande utilité car la W n’avait pas très soif. Sa conso doit à peine atteindre les 5 litres. Un coup de gaz à l’arrêt permet de jauger différemment l’inertie du moteur : Je gazze, l’aiguille part au zénith, puis le régime moteur met bien 5 secondes à se recaler sur le  ralenti. L’aiguille semble couler dans du miel tant sa descente est placide.
Profitons-en pour faire le tour des aspects pratiques. Equipée de deux béquilles, la W demande un léger effort mais rien de surhumain pour se mettre sur sa centrale. Sous la selle, il y a suffisamment de place pour caser la trousse à outils, les papiers et un chewing-gum ; n’espérez pas mettre plus. En bout de bâti arrière, il est possible de caser un U…  petit modèle. La jante arrière est pourvue d’une valve coudée, bien pratique pour l’enclenchement du gonfleur. Ah, si toutes les roues étaient pourvues de cet appendice, comme on se ferait moins ch… à la pression des pneus.

          On repart, brièvement à deux. Le passager est bien assis lui aussi, sans souci, mais à moins d’avoir des bras démesurés, les poignées passager sont trop basses pour être correctement exploitées : soit tu les touches du bout des doigts, soit tu courbes le dos pour t’accrocher. Mieux vaut être du sexe opposé au pilote et se serrer à lui. Les grands pieds buteront peut-être sur les amortos latéraux.
Le temps du rythme joueur est revenu, le passager a regagné sa monture, et la troupe s’aventure dans le massif des Maures. Lancée à bonne allure, c’est une petite escadrille d’abeilles poursuivie par ce gros bourdon de VN 1700 qui batifolent au pays des cigales. Les W 800 virevoltent avec allégresse sans se soucier du revêtement. La Kawa est à l’aise sur les routes bonnes et moins bonnes. Plus on roule, et plus on découvre une moto confortable, de belle humeur, très saine à conduire et pas piégeuse pour deux sous (faites quand même gaffe sur route humide). Au détour d’une route, elle peut s’aventurer légèrement dans un sentier si vous débusquez un coin pour le pique-nique.
Un raclement de cale-pied à gauche, un enroulé à droite… bien qu’elle se plaise principalement en mode balade, à buller entre 3 et 5000 trs, elle vous suit avec le sourire quand la symphonie bat la chamade. Le freinage confié à un disque à l’avant et un tambour à l’arrière se révèle satisfaisant, conforme à ce que l’on peut attendre d’une vintage. L’élément arrière y joue plus que de la figuration. Agréablement surpris par son feeling et son répondant, on l’utilise à volonté car plutôt agréable dans son ensemble. La boite se fait presque oublier dans son utilisation, signalant sa présence par un petit clic à la montée et un léger clac à la descente des rapports – si vous n’y prêtez pas attention, vous n’entendrez que dale.


          Non seulement elle roule bien et plaisamment, mais en plus, c’est qu’elle est confortable cette W 800. Plus on roule, plus elle plait. Très souple, le moulin accepte de descendre sous les 1500 trs en 5eme. On lui attribue un 180 compteur en vitesse de pointe mais très franchement, on s’en fout. Le plaisir est avant, à des années-lumière de considérations sportives et chronométrées. Oh, bien sûr, elle se désunit un peu sur les grosses bosses prises à l’attaque (mais je vous ai dit qu’elle n’est pas faite pour ça !), elle louvoie un peu après 140 km/h à cause du vent qui appuie sur vos bras (lâchez une main, ça passe), et elle emporte quasiment rien à part un couple de motards. Elle s’en moque car elle dégage l’essentiel : un charme qui commence par son clin d’œil, se prolonge à la conduite et se défend au rétrogradage. Un peu plus de voix, des poignées passager à la bonne hauteur, et ce sera parfait.

M.B - Photos Eric Célis

Ajouter vous aussi un commentaire sur "la Kawasaki W 800 2011"
Gagnez du temps, créez vous un compte et postez tant que vous voulez !
Pseudo :
Votre E-mail :
Notez cette moto :
Bof - 2 - 3 - 4 - Top
Titre :
Commentaire :