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Le plaisir du temps

Kawasaki W 800 Cafe Style

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Kawasaki

Essai de la Kawasaki W 800 Cafe Style

          "Eh !!! Une moto des années 60. Mais, elle a l’air neuve". Voila la phrase que j'ai le plus entendu cette semaine. La mode des Vintage prend de plus en plus d’ampleur ; en témoigne les coups de projecteur sur les Honda CB 1100, Guzzi V7, 900 Thruxton, 961 Commando et notre muse d’un temps et d’un autre temps : la W 800 dans son habit Edition Speciale Cafe Style.

          Avec cette combinaison d’éléments, nous avons entre les mains une moto qu’il ne sera pas commun de croiser. Et tant mieux. Garez sur la place principale de la ville votre streetfighter et il passera complètement inaperçu. Déposez cette dame au même endroit et on ne remarquera qu’elle. Permettez moi de vous emmener dans une autre dimension de la moto, très loin des moteurs hurlants, des coudes au ras du bitume et de la gomme cramée. Bienvenue dans le monde des saveurs que tant ont oublié.

         Cette W 800 Special Edition Cafe Style, c’est une moto que l’on désire avant de démarrer. La ligne générale, le petit tête de fourche, les touches de chrome étincelantes au loin... Elle vous emmène dans sa bulle temporelle plusieurs dizaines d’années en arrière. Pour Kawa, nous sommes en présence d’une renaissance de la W1, modèle emblématique d’Akashi de la fin des années 60. Pour autant, le premier badaud qui m’a accosté n’a pas eu ce type de persistance rétinienne :
-  "Oh ! Beautifull ! It’s a Triumph Bonnie ?"
Perdu. Voila qui démontre à quel point la marque anglaise a marqué l’Histoire de la bécane. Et toute japonaise qu’elle est, la W 800 se confond aisément avec la célèbre Bonneville.
L’anglais s’éloigne ; je me rapproche de la nippone. Dans cette catégorie de machines, on ne cherche pas les chevaux, la performance ou l’efficacité. On apprécie le beau, on déguste la patine, on affiche le détail. On ne la juge pas sur l’ensemble mais sur le tout. Après avoir passé la main sur son fessier rebondi et égoïste, l’œil cherche naturellement les petits plus.
C’est là que la W s’exprime : les jantes à rayons, les gros clignos en ogive chromées, les soufflets de fourche, les garde-boues en métal, le gros écusson (en plastique) sur le réservoir, la distribution par couple conique – c’est parfois peu, et cela fait toute la différence.
La qualité est là, le souci de finition un peu moins. Sur une moto comme ça, certains éléments nous chagrinent un peu. Des fils qui pendouillent pour se greffer au klaxon... petit bof. La connectique des injecteurs apparente, bof aussi ; le constructeur aurait pu planquer ça derrière de faux carbus.Kawasaki W 800 Cafe Style Special Edition
          Notre édition spéciale, compagne d’aventure, hausse le niveau avec un moteur peint en noir dont les ailettes de culasse ont été taillées. La matière apparaît à nue ; l’effet visuel est subtil autant que top. De série se posent aussi de symboliques graphismes où siègent une paire de lions. En option, une paire de pots coniques au revêtement noir mat donne une touche sport, celui du temps où des noms comme Dell’Orto ou Conti furent références. La panoplie est ainsi complète et la séduction au firmament. La W 800 ne peut pas faire mieux, et vous attend.

          Ne cherchez pas dans ce papier une analyse hyper chiadée de la position de conduite. On est bien, tout de suite à l’aise, et ce sentiment d’évidence fait que l’on ne cherche pas la petite bête qui pourrait gâcher ce tableau. Facile, la conduite légère, le dos droit et les jambes posées sur une assise naturelle, on se croirait sur une bicyclette. On se pose sur la W 800, on ne fait pas corps avec elle – C’est une danse, pas une étreinte.

          Du haut de ses 773 cm3, le twin fait illusion sur son âge, de sa distribution par couple conique jusqu’aux échappements type W 800 Cup (en option). Il sent la mécanique d’autrefois, tellement rétro que le temps semble vouloir le contourner. On ne peut s’empêcher de le contempler avant de prendre le guidon. Le coté droit est d’ailleurs la partie la plus délicieuse à détailler des yeux.
L’effet se poursuit sur la console de bord. Aux oubliettes les tablettes digitales, les barres-graphes et les indicateurs télémétriques. Prennent place deux beaux cadrans cerclés de chrome, avec une mirifique calligraphie. Un petit écran digital s’est tout de même incrusté dans le tachymètre, pour de bonnes intentions. Il affiche au choix l’heure, un trip partiel ou le totaliseur kilométrique. C’est frugal,  limité à l’essentiel.
Une fois en selle, basse et rembourrée, on enfiche la clé (sans antivol électronique) dans le contacteur, on a envie de mettre un coup de kick, et... Bzjjjiiittttt. La magie en prend un coup lorsque la pompe à injection manifeste son réveil. Un peu trop d’ailleurs. Ce sifflement demeure présent d’un bout à l’autre de la balade, transparent quand on roule mais de retour dans les esgourdes à chaque arrêt. Presque énervant.
Ça ne va pas ! Quelque chose cloche depuis que je suis parti. La moto ? La route ? La météo ? Non, le casque. Je pose l’intégral et m’initie au Jet. Et là, tout s’éclaire. Le réservoir se découvre pleinement sous mes yeux, le chant du twin prend toute sa place, un brin de liberté en plus. Bémol, le sifflement de l’injection, cité il y a peu, prend lui aussi une autre importance. C’est avec ce type de casque que l’agacement prend son sens, peu avec un intégral.Kawasaki W 800 Cafe Style Special EditionPloum-ploum-ploum. Une fois le bicylindre réveillé, le sourire revient aux lèvres. Avec cette paire de pots, la sonorité sourde et pulsée augure une bonne mélodie pour accompagner le roulage. Cela ne suffira pourtant pas à donner plus de relief à ce moteur. Son inertie est énorme. Un coup de gaz dans le vide vous fait prendre la mesure d’une tension artérielle amorphe. Le régime moteur redescend si lentement qu’on a l’impression que le vilebrequin tourne dans du plomb fondu. Assez linéaire, il manque de caractère, surtout qu’on en attend beaucoup vu l’esprit vintage et la sonorité du moulin. En contrepartie, il est docile, facile à appréhender et très souple. Même sur le cinquième et dernier rapport à 1500 tr/mn, les gamelles n’hoquettent pas. Sans donner véritablement du punch à l’accélération, le moteur est volontaire et répond aussi vaillamment qu’il le peut.
Ce tempérament assez placide a du bon quand l’équipage musarde entre les vignes et les bosquets, saluant les cerisiers et doublant une paire de cyclistes prenant toute la largeur de la route. La puissance est somme toute modeste. Mais quand on commence à taquiner le twin, c’est la mélodie qui donne envie de jouer. Descendons sur les rapports intermédiaires et vissons la poignée des gaz. Et là, ça change. Sans jamais être débordé par les watts, les pots distribuent du rock et du bon. Ça grogne, ça râle, ça vrombit ; ça crache du brouhaaarrpppp, ça pète à la décélération vers 2000 tours. Un vrai bourdon, et un gros, semble traverser le paysage en raclant quelques morceaux de route au passage. Du coup, on taquine le moteur non pour sa puissance mais pour les vocalises qu’il éructe.

          Le leitmotiv de la W 800, standard, Edition Speciale ou Cafe Style, c’est d’offrir les sensations d’un autre temps. Émotion, puissance, allure, c’est effectivement le cas. Et c’est encore plus vrai pour le freinage. Quel frisson ! Ceux qui sont habitués à freiner d’un doigt en léchant le disque peuvent ressortir le manuel du bûcheron. L’unique galette et l’étrier à deux pistons offrent peu de réponse à la prise du levier. Il faut vraiment serrer fort pour obtenir du freinage, qui sur le fond comme sur la forme manque de consistance. On s’habitue vite à prendre de la marge, mais ce n’est pas l’outil rêvé pour des freinages d’urgence. Le frein arrière à tambour, Classic oblige, offre un meilleur feeling et plus de conviction. Faire cohabiter les deux est quasi impératif pour des résultats décents. Tant et si bien que ce chapitre nous ramène encore à l’essentiel : une conduite coulée, pour ne brusquer ni le châssis, ni les freins, ni l’esprit de la W.

         La route ondule entre les vignes, la Kawa la suit tout en relaxation. Tiens, ils ont repeint leur portail ici... C’est poétique ce petit ruisseau entre les pissenlits... 4, 5,6 : il y a une chèvre de plus chez Mr Seguin... Tout ça, ce n’est pas simple de l’apprécier sur des motos bourrées de caractère, de puissance, et d’envie de baston. Parfois, à l’orée d’un croisement, le nez se laisse distraire par le souffle d’une brise ou l’effluve opiacée de la chaleur du moteur (je n’ai pas dit que ça sentait le chaud, nuance). Arrêté au feu rouge et calé sur le ralenti, les rétros vibrent au rythme des gamelles du twin. Ça danse la samba dans les miroirs, puis ça papillonne quand on roule. La rétro-vision est bonne sans que l’autofocus ne parvienne à faire le point. Le conducteur voit la route et les voitures, sans pouvoir distinguer la marque des véhicules suiveurs.Kawasaki W 800 Cafe Style Special Edition
          Direction Apremont et les hauteurs pour quelques shoots. L’occasion idéale d’emmener un passager, le photographe, et de lui faire déguster la bosse arrière de la selle monoplace. Et pas d’ambiguïté, il a dégusté, c’est le moins qu’on puisse dire.
L’assise est épaisse, bien plus moelleuse qu’elle ne le suggère. La forme, par contre, ne sert que le style. Le passager est bancal dessus, tout le temps en bascule à l’accélération ou au freinage. Perché sur la bosse, mon invité est plus haut que sur la W 800 standard. Du coup, les poignées sont trop basses, et impossible de trouver une position confortable. Cette place ne sera qu’une solution de fortune. De toute façon, à deux sur la W 800 Café, on apprécie moins le charme de la balade. Ça frotte au moindre virage, à la moindre bosse, et le freinage ne cherche même plus à être efficace. Mais depuis le début, je vous dis que ce Cafe Style est une moto de célibataire.

          Peu adepte aux grands voyages, la W 800 permet en revanche de se faire plaisir à chaque fois qu’on la prend pour aller de ci de là. Un aller au boulot, un retour par le centre-ville, une soirée à se perdre dans la campagne rejoindre des potes attaquant un barbecue, la Special Edition fait tout gentiment avec Style. L’amortissement joue lui aussi dans la souplesse, avec ce qu’il faut pour ne plus avoir l’angoisse avant chaque dos d’âne. On se goure de route ? Ce n’est pas bien grave. Le demi-tour se fait légèrement car la machine se manie d’un geste et braque très bien.

          Look avant tout ne signifie pas sacrifier les aspects pratiques. On note un réglage pour chaque levier, un attache-casque à serrure, des valves coudées sur les jantes, des crochets d’arrimage pour fixer les sandows, et une béquille centrale toujours pratique pour les opérations de maintenance. Habitué à béquiller mon vieux VFR 750, j’ai développé un effort similaire pour la soulever sur le "cale-pied du milieu", comme l’appelle mon photographe. Attention particulière pour le bouchon de réservoir. Sa forme ancienne suggère un modèle à vis, très classe, mais qu’on se demande toujours où on va le poser quand on fait le plein. Par ingéniosité, il est monté sur charnière. Quand le look et la fonction cohabite, c’est bonheur. La protection vous interpelle ? Le bout de carénage protège t’il autant qu’il donne dans le visuel ? Un peu, mais guère plus. Il épargne le ventre et un bout de torse.

          Au top du top cette Kawa vintage ? Elle n’est pas exempt de défauts (personne ne l’est). Ceux-ci se révèlent quand le pilote prend le contrôle sur le conducteur. Mais je tiens à vous prévenir avant d’attaquer le paragraphe suivant : son comportement dans les lignes que vous lirez n’est pas sa personnalité. Un amateur ne l’achètera pas pour ça, ne roulera pas comme ça, elle n’est pas faite ni vendue pour ce qui suit !!!Kawasaki W 800 Cafe Style Special Edition
          Un W, ce n’est pas un Z, ni un ZX-R. Inutile donc de lui chercher toute velléité sportive. Mais comme on est curieux de nature et un rien obstiné, nous l’avons un peu chatouillé pour découvrir si la machine se pliait à l’exercice. Elle a obéi, en tirant la gueule tout le long.
Déjà, la W 800, ça aime rouler jusqu’à 130 km/h. Après, elle vous fera comprendre que ce ne sera pas une sinécure ni pour elle, ni pour vous. Elle louvoie à partir de 140, vous incite au combat au 160, semble dans la tourmente au-delà et pourtant continue à vous accompagner. La W 800 s’est fendu d’un 170 km/h à bloc, tête et bras rentrés. Une vitesse que personne ne sera tenté de découvrir sur cette moto, et d’ailleurs, l’envie n’y est pas.
La petite route que je n’indiquerais pas mais que tout le monde connaît près de chez moi permet d’arsouiller un brin sur 5 km. Ce qui est déjà trop pour elle. A rythme forcé, le seul élément qui tire son épingle du jeu est l’étroitesse des pneus, permettant une agilité de bon aloi. Ensuite, ça se gâte. En entrant fort dans le virage, ça bouge, ça gondole, ça hésite. Elle n’est pas faite pour ça, on s’en doutait ; mais on a voulu essayer. Le point amusant, c’est l’impression de vitesse éprouvée : avec la W 800, on a l’impression d’aller plus vite que l’on n’évolue en réalité. Remettons les choses en place encore une fois : personne n’achètera une W 800 pour piloter comme ça. Il y a des ZX-6 ou 10R pour ce genre d’exercice.
Car le charme de la machine se distille en roulant en décontraction. A ce rythme, elle vous emmène sans fausse note et vous accompagne sans bouger, sans effrayer, sans piéger. Le cale-pied embrasse la route sans avoir besoin d’exagérer la conduite. Le signe que vous rouler trop fort ? Pas forcément.

          Un soir de pluie, j’avoue que je me suis forcé à ouvrir le garage pour tester dame Kawa dans une virée nocturne... Sur la W 800, pas de phares à LEDs, de diodes laser ou de détecteur infrarouge à télémétrie rotative. Une vintage ne peut se concevoir qu’avec un bon gros hublot comme toute moto était pourvue autrefois. L’idée de tester l’éclairage par cette nuit de frais ne m’enthousiasmait guère. Mais profiter en solitaire de la nuit avec cette dame d’un autre charme pouvait réserver son lot de surprises. Un petit détour par le Moutaret m’a vite convaincu des vertus de l’éclairage : c’est suffisant, bien que j’eusse apprécié un faisceau plus large et plus puissant sur le devant de la route. Dès que l’éclairage public a disparu, on passe instinctivement en plein phare. Sur la route bordée de sapins et tournoyant sur les bords de Bramefarine, les codes ne sont pas vraiment compatibles avec un rythme enjoué. Mieux vaut se contenter d’enrouler. Plus loin et plus tard, c’est la pleine lune qui nous adresse un clin d’œil, son éclat attirant plus l’œil que le faisceau de la bécane.Kawasaki W 800 Cafe Style Special Edition
          Rouler en W 800 SE Cafe Style, c’est s’offrir un petit moment de bonheur à chaque sortie. C’est oublier les radars, prendre le temps de sentir le soleil sur ses joues et le regard de bien des amateurs. Ceux qui auront été refroidis par ses aptitudes limitées en arsouille, passez votre chemin. Ce n’est pas ici la boule de nerfs inconfortable avec les dents prête à bouffer le bitume. Cette Classic veut le caresser, avec un niveau de confort très appréciable (sauf pour le copain derrière). Loin du basique roadster, c’est un jouet, un beau jouet qui s’adresse au cœur plus qu’à la raison. Et vous savez quoi, c’est la première fois que le soleil me fait un clin d’œil dans le cligno.

M.B - Photos Greg et De Malfin

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