...Les
15 premiers kilomètres, il faut
reconnaître que la route n’a
rien d’extraordinaire. Une banale
nationale qui s’allonge pour embrasser
de près l’autoroute. En
fait, il ne s’agit que de la fadeur
de la vallée, légère
tentative du paysage local pour nous
taquiner. Peine perdue. Nous dépassons
Spiez et là, tous les compteurs
se prépare à faire «
Tilt » : c’est parti pour
60 bornes de bonheur. Le parcours :
un pur régal. Une succession
de virages de tous les gabarits tourmentant
une route sans aspérité,
dénué de tout trouble,
protégée par les plus
beaux conifères de la Suisse
que surplombe le plus radieux des ciels.
Droite, gauche, droite, droite…
Le Ricardo file devant moi dans la plus
naturelle décontraction. Cela
se voit qu’il prend son pied et
ce n’est rien à coté
de la jubilation qui m’envahit.
Cette route, j’aurais voulu qu’elle
ne finisse jamais. Si le chemin du paradis
des motards existe, il doit ressembler
à celui que nous avons emprunté
ce jour là. Je pourrais vous
présenter des louanges sous bien
des formes mais c’est cette formule
qui vous indiquera le mieux l’endroit
où nous avons enroulé
: prenez (si vous en avez une quelque
part dans vos cartons de vacances) la
plus belle carte postale des Alpes,
mettez 2 motards dedans, et imaginez
que vous êtes en train de rouler
dans ce décor à la fois
enivrant, grandiose et avec ce petit
brin de magie qui fait qu’on ne
serait même pas étonné
de croiser une vache violette de chez
Milka. Déjà qu’on
avait croisé une marmotte 2 jours
avant…
Au
détour d’un carrefour,
sans raison particulière, on
s’arrête et on se regarde
– « Mais on est où
? ». L’atmosphère
a quelque peu changé, imperceptiblement.
Nous sommes arrivés dans une
espèce de petit bourg, où
tout est trop beau pour être vrai.
Pour un peu, on mangerait sur la route.
L’endroit respire l’opulence,
tout semble policé, peaufiné,
à tel point qu’on s’attend
à tout instant à voir
un gars passer la serpillière
sur la chaussée et les voitures
rouler avec des pantoufles. Au-dessus
de nos têtes, un majestueux château
nous contemple et nous écrase
par son luxe. Innocemment, Ricardo me
suggère de passer la nuit dans
ce palace. « Ouais……
!!! », lui réponds-je.
« A une brique la nuit, on va
certainement bien dormir ». Comme
nous sommes trop doués avec les
panneaux indicateurs, les premiers autochtones
qui se présentent nous indiquent
ce lieu et la suite de notre chemin.
Coup de bol, 2 demoiselles. Surprise,
des australiennes… Quoi de plus
normal en plein milieu du pays Helvète…
!?! Et c’est ainsi que nous apprenons
que ce charmant petit coin n’est
autre que Gstaad (prononcez GGchtaaattt
en hurlant !). L’endroit parfait
pour croiser une réunion du G8
ou un chalet abritant une fête
avec Schumacher, Rossi, Jordan, Zidane,
Madonna et Brad Pitt. On n’a pas
vu John John (People – Jet set
2) ; dommage.
Et
voici à présent l’éternelle
question du soir : où va-t-on
dormir ? Une petite consultation de
carte, 3 bouts de calculs savants, et
il apparaît qu’il ne reste
qu’une cinquantaine de Km jusqu’à
la frontière. On roule, et on
verra bien une fois à Aigle.
C’est en y descendant que nous
nous éloignons petit à
petit du rêve dans lequel nous
nous baladions tout l’après-midi.
Un retour simple mais quelque peu âpre
à la réalité de
la plaine. Nous pensions que Aigle nous
apporterait la nostalgie noyée
dans le repos… Mais que dalle.
Tu débarques dans ce patelin
début juin à 7 heures
du soir et tu n’as pas un hôtel
d’ouvert. Ca y est, c’est
reparti pour le bordel du soir et les
recherches éprouvantes. Et vas-y
qu’on fait 3 fois le tour de la
ville pour tenter de se trouver un toit
pour la nuit. Evidemment, rien !
On pousse un petit peu en suivant les
villages en direction du lac Léman,
et le seul endroit que nous avons trouvé
a instantanément réveillé
en nous la phrase magique : «
Faut qu’on se barre d’ici
! ».
Allez, on se ressaisit. La frontière
est à 10 bornes, la nuit tombe,
faut prendre une décision. Pas
la peine de tergiverser, faut filer
; et dans la pénombre qui s’installe,
je me dis : « Manquerais plus
qu’on se fasse coffrer à
la douane – avec le TLR qui crache
130 dB, ils vont croire à une
attaque de Ben Laden… ».
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