Dans
le cercle de la grosse sportive,
la Daytona
(T 595) avait sa personnalité,
mélange de charme et de singularité.
Un design velouté associé
à un 3 cylindres enivrant.
Mais il y avait de la marge avant
de taquiner les R1 et CBR.
Pas rancuniers, les ingénieurs
anglais ont travaillé à
la japonaise. On rajoute des chevaux
et on enlève du poids. Premier
visé : le carénage.
Tout nouveau, il permet de gagner
plus de 1 kg et ressemble désormais
étrangement à... une
ancienne 900 CBR. Pas un copier-coller
mais "troublant". Pour
la puissance, gros travail sur la
culasse et l'admission, avec un
gain de 19 ch. Affichant 149 bourrins
pour 188 kgs, la Daytona est très
respectable. Elle devient ainsi
la plus puissante européenne
du marché. En la détaillant
plus scrupuleusement, on alterne
entre tradition et étonnement.
Cadre périmétrique
tubulaire, petit drapeau anglais
; c'est plaisant. Bloc compteur
typé R1,
regard de Fireblade, disparition
du monobras ; on boude un peu. Mais
l'âme de la Daytona, son 3
pattes, n'a pas l'intention de laisser
sa langue dans sa poche.
Outre sa sonorité typique
et captivante, on se laisse griser
par le bruit des conduits d'admission
inversés de la boite à
air. Avant de lâcher les watts,
on prend ses marques sur la machine.
L'assise, ferme, est monté
d'un étage sur la nouvelle
et les demi-guidons repositionnés
imposent un appui plus prononcé.
A l'attaque, le travail sur la géométrie
paye immédiatement : la machine
est bien plus agile que l'ancienne.
Ce n'est pas encore la meilleure
de la catégorie ;mais avec
un réservoir affiné
et une position de conduite plus
racing, on gagne tout de suite en
facilité de mise sur l'angle.
Excellente sur route, la moto n'a
cependant pas encore perdu assez
de poids pour tailler des croupières
aux stars des circuits.
Mais encore
une fois, la magie du bloc 955 opère.
Son architecture 3 cylindres lui
offre une plage d'utilisation vaste,
offrant plus de souplesse qu'un
twin ainsi qu'un couple conséquent
à bas-régimes - légèrement
moins présent qu'avant. Puissant,
et vif dans les tours, on sent bien
que le bouilleur est blindé
de watts. Pour la calmer, la Daytona
reprend les recettes qui s'attachent
à sa destinée : un
freinage avant cumulatif de qualités,
et un arrière catastrophique.
L'alliance du bon amortissement
et de la partie-cycle rigoureuse
procure une stabilité de
bon aloi. Mais si vous êtes
trop généreux sur
les gaz, il faut tenir fermement
les rênes de l'engin car on
a vite fait d'elargir la trajectoire.
Dans l'ensemble, la Daytona a bien
progressé. Son esthétique
peut chagriner ceux qui privilégie
l'exception culturelle. Triumph
a t'il raison de s'inspirer des
"bouteilles de saké",
sachant que sa sportive n'en a pas
le goût, et que l'ivresse
est "britishement" différente
? Pour les nostalgiques, la version
Centenary se pare d'un vert anglais
du plus bel effet mais surtout retrouve
le superbe monobras de la T
595.
M.B
(inspiré par l'article de T. Baujard - Moto-journal n° 1 472
photos
constructeur) |