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KawasakiVN 1700 VOYAGER CUSTOM 2011

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Routière & GT
Essai de la VN 1700 VOYAGER CUSTOM 2011

          Autant vous l’avouer tout de suite : on n’aborde pas le VN 1700 Voyager Custom comme on aguicherait une demoiselle de joie. Par son gabarit, par ses mensurations, par son moteur, l’engin impressionne ; suffisamment à l’arrêt, bien plus à la conduite. Surnommé affectueusement ‘’bagger’’, ce gros cruiser dérivé du VN 1700 Voyager se veut plus léger, plus customisable, moins prédisposé au voyage pour n’emmener que le strict nécessaire pour un beau week-end sur la cote.

          Gros tête de fourche mais mini pare-brise, coloris noir de rigueur, jeu de valises et installation hi-fi, voici un très bref aperçu de son standing. Mais avant de partir, pensons à nous découvrir et caser les bagages. Parfaitement intégré à la ligne du Voyager C, les valises permettent de caser sans trop de souci mon sac à dos (faut juste appuyer un peu pour fermer) et un jeu de bretelles permet de maintenir ses effets à l’intérieur avant de refermer le couvercle. En revanche, pas moyen de caser un intégral. Une fois arrivé à bon port, vous pourrez laisser à l’abri trousse de toilettes et fringues du week-end mais vous devrez prendre vos casques ave c vous.
Pile poil dans le prolongement des mains, les retours du tête de fourche abrite une boite à gants de part et d’autre, suffisamment spacieuses pour accueillir un portefeuille, un portable, et un Twix. Pour la sécurité, c’est cool : les deux verrouillent à clé. Pour le coté pratique, on aurait préféré qu’un de ces espaces soit seulement bloqué par un loquet, histoire d’y caser de la monnaie et 2-3 trucs facilement disponibles sans devoir couper le contact. La selle est accueillante, les marchepieds suffisamment longs pour soutenir les pieds de Michael Jordan, et c’est justement en montant à bord que l’on commence à intégrer les prétentions de notre monture. Ce n’est pas une 125, loin de là, et la relever de sa béquille fait prendre conscience des 380 kilos qui vont s’ébrouer. On développe tout de suite un grand sens du respect et l’on prend quelques instants pour le lui témoigner, comme si l’on souhaitait que la moto nous retourne par la suite de bonnes grâces.

          Profitons de ce temps pour découvrir ce petit univers de limousine. Et commençons par ce qui fâche : sur l’imposant réservoir de 20 litres, un cache en plastique fait quelque peu camelote. Sous le ventre, le moteur aux surfaces travaillées mériteraient mieux que des couvres-culasses en plastique. Certes ceux-ci sont chromés et seul un connaisseur attachera une grande importance à ce point de détail. A chacun de choisir de chipoter ou pas. Le combiné d’instrumentation rattrape tout le reste tant il nous plonge dans un autre univers. On dirait le tableau de bord d’une vieille américaine, avec ses beaux compteurs plein de charme et sa calligraphie d’un autre temps. L’écran digital central est parfaitement intégré et vous propose les trips, la conso moyenne, l’autonomie, le rapport engagé, etc……. Les commodos sont riches en boutons et il vous faudra un petit moment pour vous acclimater. Les autres sont partis ; il est temps de démarrer !


          Contact. Toutes les aiguilles font leurs allers-retours de check-up dans un mouvement retenu. Elles semblent prendre leur temps, comme si la journée appartenait à l’équipage qui va s’élancer. Une impulsion sur le démarreur (qui sert aussi de régulateur de vitesse) et le gros V-twin prend vie. Vrrbblommbb !!! Son souffle est là, sûr, patient, presque calme. Un léger coup de botte sur le sélecteur semble réveiller la boite de vitesses : on entend bien la tringlerie et l’on sentirait presque les fourchettes se mettre à table. Un instant plus tard, le VN 1700 Bagger a décollé avec souplesse et il s’élance vers la route. Les 3 premiers mètres se font avec une certaine appréhension puis la machine se dévoile…. toute en facilité. La surprise est totale de pouvoir manier avec une telle aisance ce gros bébé. Dans ses évolutions, il fait preuve d’une remarquable vélocité que l’on serait loin d’imaginer. On dirait presque un porte-avions avec une carène tellement fine qu’une main maousse vous accompagne dans le guidage. Dès lors, la confiance prend le dessus et la conduite prend le relais avec décontraction. Un petit coup de musique via les deux haut-parleurs latéraux, on se cale les reins contre la colline de la selle, et nous voila cruisant sur la route côtière à déguster l’appel des mimosas. Le bicylindre vit gentiment, répond toujours présent et reprend dès 2 000 trs quand on le sollicite. Moins caractériel qu’une mécanique de Milwaukee, le 1700 joue dans un registre plus feutré… ce qui ne veut pas dire placide. Quand vous accélérez normalement, il vous accompagne dans l’effort, en suivant votre envie sans vouloir vous passez devant. Une rotation plus franche de la main droite, une envie plus sérieuse de vigueur et le ton change de résonnance. Les 73 chevaux répondent alors comme s’ils tentaient de rattraper les 14 mkg de couple qui décalquent le pneu arrière. Le moteur tracte généreusement avec un grognement de mauvais poil – ce bloc, c’est un mélange de muscle, de gras, et de catcheur.


          Le ‘’Bagger’’ a repris le tete de fourche du Voyager en prenant soin de le rendre moins ostentatoire, avec la suppression des phares additionnels et le raccourcissement au mini du pare-brise. La ligne y gagne assurément en fluidité au détriment de la protection. A partir de  100 – 110 km/h, le vent signale sa présence pile-poil au niveau du front, créant ainsi une série de turbulences sur le haut du casque, juste au dessus de la visière. Un désagrément qui n’apparait toutefois que dans une utilisation pas vraiment du tempérament de ce VN, conçu pour flâner et non pour croiser à haute vitesse ; il y a le 1400 GTR pour ça.
Si le pare-brise n’est là que pour le style, le ‘’nez de cochon’’ s’avère quant à lui bien plus efficace. Le buste est parfaitement protégé, laissant rebondir vers les oreilles un délicat ‘Toccata & Fugue’ en provenance de la Hi-Fi embarquée. Un pré-cablage pour iPod est planqué dans un des vide-poches pour emmener sa discothèque avec soi. Pensez à prendre une bonne paire de chaussettes pour le matin. Les deux arceaux de sécurité avant vous protègent les guiboles en cas de chute mais pas contre le froid. Les jambes fendent l’air, et vous sentirez ses chatouillements (et sa fraicheur le cas échéant) sur les chevilles et les tibias.

          Un petit coup de ‘’cruise-control’’, un morceau de R.E.M, une passagère aux formes sculpturales, et vous voila en route pour les highways. Peut-être qu’avant d’y arriver, il faudra s’affranchir de routes aussi tordues que l’esprit d’un politicien. Comme je le disais précédemment, pas de souci à rythme modéré, le Voyager Custom sait faire preuve d’agilité si l’on sait faire preuve de respect et d’une certaine expérience ; quelques accolades étincelantes entre la route et les marchepieds ne bouleverseront pas la donne.
C’est en haussant le rythme que le 1700 sera moins enclin à supporter vos caprices. Mais là, on parle d’une utilisation qu’aucun propriétaire de ce type de machine ne désire. Une conduite plus instinctive avec des entrées en virage tardive et un rythme de jeune coq excité vous amèneront vite à relativiser sur votre fougue. Un empattement de limousine, 450 kg de chair et de métal, une garde au sol réduite (mais correcte pour la catégorie) et une capacité d’improvisation fortement limitée ne sont pas les meilleurs compagnons de l’arsouille. Un virage abordé avec entrain vous fera découvrir son extérieur plus tôt que vous ne l’aviez imaginé.


          Avec un cubage supérieur à un gros magnum, le bi Kawasaki rigole pour mouvoir armes et équipage. La place passager est bien rembourrée mais impossible de s’accrocher à quelque chose. Pour résister aux grands coups de gamelles du twin, c’est soit le cuir du pilote, soit la glissade sur l’arrière-train fuselé de la machine. On pestera légèrement sur la proéminence du carter moteur droit au niveau du mollet, un peu plus sur la masse générale quand il s’agira de faire un demi-tour. En revanche, question couple moteur et force de traction, vous serez servi. Avec des suspensions en mode pullman, vous êtes sur un véritable fauteuil. On n’a qu’une envie : se caler sur un bon 90 – 100 km/h et laisser des fleuves d’asphalte défiler sous les roues jusqu’à plus soif. Le système de freinage combiné fait preuve d’une sérieuse puissance, rapidement sensible du bout du levier.
Dans la gamme des cruisers Kawasaki, le VN 1700 Voyager est une véritable majesté de la route. La déclinaison Custom présentée ici tient davantage le rôle du jeune prince rebelle et un brin égoïste. Avec un gros moteur, un tarif copieux et un style à la fois discret et percutant, ce colosse s’adresse à une clientèle bien spécifique. Mais que vous en soyez ou pas, impossible de rester insensible à son guidon.

M.B - Photos Eric Célis et M.B