Ce
n'est pas celle qui annonça
le vent mais ce sera certainement
elle qui fera le plus connaître
cette catégorie naissante
que sont les 600 sport. Ces nouvelles
machines qui apparaissent tout doucement
permettent de combler le fossé
entre les 400 (très prisées
au Japon) et les 750 sportives.
Ne s'affrontent aujourd'hui sur
les routes que les Yamaha FZ 600,
Kawasaki GPZ 600 R et cette Honda
CBR 600 - une offre réduite
qui ne demande qu'à s'étoffer.
Ces motos sont dérivées
des modèles 400 si répandus
au pays du soleil levant ; et il
y a pas mal de modèles en
gestation qui devraient prochainement
débarquer dans l'hexagone
avec 200 cm3 de plus.
Mais
pour l'amateur de belles mécaniques,
il n'y aura que la fiche technique
pour se rincer l'oeil. Cette CBR,
comme sa grande soeur 1000, inaugure
un nouveau genre de design, très
enveloppant, presque trop pudique,
avec un carénage qui recouvre
tous les organes de la machine.
Des lignes fluides, douces, légères,
caractérisent cette machine.
Son élégance ne laisse
pas imaginer à quel point
ses arguments techniques sont convaincants.
Au challenge des 600 poids plume,
la CBR bat la FZ 600 de seulement
1 kg mais la pulvérise au
niveau puissance. A cylindrée
égale, le 4 cylindres Honda
crache 10 ch de mieux soit 85 bourrins
- un chiffre réellement impressionnant.
Pourtant, ce bloc, qui revendique
un rendement de 142 ch/L, ne fait
pas appel à des technologies
extraordinaires. Juste une optimisation
et une excellente utilisation des
techniques reconnues pour aboutir
à un moteur compact, puissant,
doté de 4 soupapes par cylindre,
du refroidissement liquide, d'énormes
carbus de 32 mm, de grosses soupapes
et d'une admission très travaillée.
D’importants travaux sur la
forme des conduits, l'inclinaison
du moulin (à 35°), et
la position des carbus permettent
aux gaz d'accéder aux chambres
de combustion via un parcours très
direct. Mais le généreux
habillage de la CBR n'en laisse
rien voir.
Pas plus qu'il ne découvre
le cadre Diamond réalisé
en structure d'acier. Etrange ;
pour une machine de ce type, on
s'attendait à l'utilisation
d'aluminium, d'autant plus que la
400 utilise ce matériau...
Amélioration du système
Pro-link pour la suspension arrière,
anti-plongée TRAC au niveau
de la fourche, roues de 17 "en
fonderie d'alu, disques de frein
amincis et répartition des
masses homogène (50/50),
la CBR 600 n'apporte aucune innovation
spectaculaire. Mais le bon dosage
de tous ces ingrédients aboutit
à un engin qui est appelé
au meilleur.
On
s'attendait à une petite
boule de nerfs ; on découvre
une moto d'une étonnante
facilité. Il suffit de quelques
km pour l'apprivoiser... non, pour
la connaître comme si on la
pilotait depuis toujours. Impeccablement
installé, avec des commandes
aux petits oignons et une réactivité
de la partie-cycle très fidèle
aux ordres du pilote, la machine
vous accueille avec bienveillance.
Quel dommage que le moteur soit
aussi discret dans ses évolutions.
Un bouilleur, on aime quand ça
vit, quand ça réagit
avec caractère, quand ça
a des coups de gueule. Le bloc Honda,
même s'il est très
souple et se prête volontiers
à un usage au quotidien,
ne déclenche pas la passion.
Il est creux dans les bas régimes
et libère sa puissance avec
beaucoup de progressivité.
A ce jeu, le moulin de la Kawa GPZ-R,
moins puissant, est bien plus démonstratif.
Mais le 4 pattes de la CBR cache
bien son jeu. Au chrono, la moto
réalise un superbe 11"8
pour franchir les 400 m DA. Pour
une 600, c'est plus que bluffant.
Près de 220 km/h en pointe
et des reprises au top de la catégorie
- cette moto impressionne peu mais
se révèle diablement
efficace. Pour parfaitement exploiter
ces canassons, la boite à
6 rapports est d'un maniement et
d'une précision d'un excellent
niveau. Monter dans les tours, jouer
du sélecteur, virevolter
en balançant ce poids plume
d'un angle à l'autre, le
plaisir du pilotage a vite fait
de s'installer et le pilote du CBR
adopte vite le sourire. Rapidement,
la confiance s'installe et les qualités
de la moto s’expriment sans
retenue. Sans être aussi vive
qu'une FZ ou une GPZ-R, mais extrêmement
précise et particulièrement
stable, la CBR peut se vanter d'un
comportement routier très
rigoureux.
Les suspensions sont
efficaces, saines et n'appelle aucun
reproche ; ou seulement 2 petites
déconvenues : l'amortisseur
arrière manque de réglage
et la fourche demande une certaine
surveillance de sa pression d'air,
sous peine de guidonner dans certaines
conditions. Le seul point vraiment
énervant provient de la mésentente
entre le frein avant et l'anti-plongée.
Les disques sont puissants, mordants
et résistants, mais le "TRAC"
supporte mal ce travail et l'avant
peut se mettre à gigoter
sur un freinage intensif. Vraiment
dommage !
Un
freinage que l'on ne peut pas assez
exploité et un caractère
moteur trop lisse, ce sont les seules
tares de la nouvelle Honda 600 CBR.
Pour tout le reste, cette petite
sportive mérite bien des
éloges : agréable
en ville, facile, maniable, efficace (elle rivalise avec les 750),
discrète mais élégante,
préservant le confort et
la protection (pour une sportive),
la CBR se fera certainement un nom.
Au moment de choisir, elle vous
séduira plus par son efficacité
que par son tempérament.
M.B
(inspiré par l'article de C. Delahaye - Moto-journal n° 780
photos
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