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Actualité Interview de David FRETIGNE après le Dakar

fretigne-dakar-1.jpgInterview par Frantz DELAGRANGE


               En octobre dernier, le team espagnol avec lequel David s’était engagé pour participer au Dakar rompt le contrat sans même l’avertir sinon par émail. Curieuse méthode qui n’est pas du goût de notre champion du monde qui engage une procédure judiciaire à l’encontre de ses anciens partenaires. Néanmoins, la passion de l’Afrique et du Dakar le tenaille et il s’engage ou plutôt se jette dans l’aventure entouré d’une équipe construite à son image. Il leur reste deux mois pour se préparer. Trop peu ? C’est méconnaître la volonté, la compétence et la passion qui animent ces hommes.

JE VEUX GAGNER LE DAKAR !

               Au soir de la 6ème étape et à la veille de la journée de repos, David respecte son carnet de route et il va accélérer lors de la traversée de la Mauritanie et du franchissement des premières dunes. L’expérience, sa connaissance du désert et de lui même peuvent faire la différence et lui permettre ainsi de se rapprocher des meilleurs voire peut-être de les battre. Hélas, un incident mécanique, une tempête de sable et une chute et ce à quelques kilomètres de l’arrivée de la 7ème spéciale vont ruiner ses espoirs. Deux côtes fracturées, une troisième fêlée ne lui permettent plus dés lors de pouvoir remonter sur sa machine et l’obligent à abandonner lors de la journée de repos. Néanmoins, ses blessures physiques, une forte douleur l’empêchant même de dormir et une blessure morale certaine ne réussiront pas à abattre le champion et l’homme qu’il est.
Revenu blessé de cette terre d’Afrique qu’il aime tant, David FRETIGNE a accepté néanmoins de vous raconter son Dakar 2007.

David, aujourd’hui quel bilan retires-tu de ce Dakar 2007 ?


Le temps de nous préparer au mieux nous a fait défaut et je craignais que ce manque de préparation puisse nous handicaper. Notre expérience nous a permis en fait de compenser le retard accumulé. En fait, j’ai été surpris par le rythme soutenu des favoris lors des premières spéciales. A tout moment, il pouvait se passer tellement de choses. Il serait forcément difficile de soutenir ce rythme et cette vitesse. C’est pourquoi, j’ai préféré suivre mon carnet de route et préserver la moto. Un Dakar, c’est très long. Au fil des étapes, ce choix m’apparaissait de plus en plus judicieux. Les abandons sur chutes ou sur incidents mécaniques se sont succédés. Ce Dakar est parti vite et a d’ailleurs fini vite. Les hommes et les machines ont beaucoup souffert. L’enseignement principal que j’en retire est de ne pas s’affoler et d’accélérer progressivement. Economiser l’homme et la machine, c’est peut-être cela le secret pour espérer gagner cette épreuve.

A la lecture du classement final de ce Dakar, il y avait de la place pour rentrer dans les dix premiers voire dans les le top cinq. Qu’en penses-tu ?


Bien sur. Si j’avais pu continuer sur le rythme que je commençais à m’imposer, je terminais troisième. C’est le côté positif que j’en retire. Je ne me suis pas trompé dans mon analyse. Certes, je ne peux pas contrôler les paramètres de la course ni les possibles incidents mécaniques. Néanmoins, je fais partie des pilotes qui peuvent gagner cette course. Je le sais. Malgré mon manque de préparation et malgré les conditions avec lesquelles j’ai préparé cette épreuve, je n’ai pas à m’en vouloir. J’ai fait ce qui fallait.

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Reviendras-tu sur le prochain Dakar ?


C’est sur, je vais revenir. Malgré mon abandon, le déroulement des premières étapes m’a conforté sur mon idée et la stratégie à mettre en place pour le gagner. Je suis quelqu’un qui n’abandonne pas si facilement. Le Dakar est une épreuve qui me correspond bien et j’ai vraiment envie de continuer à m’investir. Par contre la catégorie dans laquelle j’évolue est trop limitée ( YAMAHA 450 WRF). Je savais que je ne pouvais pas gagner avec cette moto. C’est pourquoi, j’ai envie de concourir la prochaine fois avec une machine plus puissante. Aujourd’hui, j’ai envie de penser à moi. Pour cela, il me faut une moto performante. C’est le défi que je me dois de relever si je veux gagner.

Quel sera ton projet pour le Dakar 2008 ?


J’y réfléchis déjà. J’ai également contacté la concurrence mais le plus difficile pour moi est de trouver les finances aptes à me permettre de réaliser mes objectifs. Je souhaiterais monter ma propre structure de manière à être vraiment autonome et de pouvoir avoir le choix. Ne plus dépendre des contrats, des constructeurs et des pressions exercées sur toi. Je veux choisir ce qui pour moi est le plus performant. A mes yeux, c’est le meilleur moyen de gagner ce style d’épreuve. Participer au Dakar est très coûteux. Aurais-je, dés lors, la possibilité de le faire, de choisir mes partenaires qui souhaitent me faire confiance et qui seraient motiver de m’accompagner sur cette aventure ?
Ma priorité serait de bénéficier d’un camion d’assistance me permettant ainsi de bénéficier du matériel dont je pourrais avoir besoin lors de l’épreuve et de mettre également ces moyens à la disposition des concurrents qui le souhaiteraient. Comme le font les grandes usines.

Quels sont les moyens financiers et humains dont tu aurais besoin ?


Cinq personnes suffisent pour composer un team. De plus, sans compter l’achat d’un camion, le budget se monte à 150 000 euros. C’est ce qui est nécessaire pour tout organiser et se préparer de manière satisfaisante. Aujourd’hui, nous avons déjà notre camion d’assistance. Quant au reste ? Si je compare ce budget à celui des teams d’usine, c’est peu. Eux, ils peuvent s’appuyer sur un budget de l’ordre de 500 000 euros.

Sur ce Dakar, les motards sont les plus exposés. Deux d’entre-vous ne sont pas rentrés chez eux et ont été victimes de leur passion ? Qu’en penses-tu ?


Les motards sur ce type d’épreuve doivent surmonter bon nombre de difficultés. A commencer par la navigation et le pilotage. Il est très difficile de tout faire sur une moto. Etre concentré à chaque instant est une obligation si tu veux arriver au bout sinon la moindre pierre peut te mettre à terre avec les conséquences que vous pouvez imaginer facilement. La moindre chute peut être dramatique. Nous le savons tous et nous sommes très prudents. Pour ma part, j’en suis conscient. Il ne faut pas rouler vite si tu n’as pas la visibilité ou si tu n’en a pas les moyens physiques. Il faut bien se connaître. Un amateur, suivant les circonstances de course, peut rouler lors d’une partie de la spéciale avec les professionnels en pensant qu’il va aussi vite qu’eux. Les professionnels savent gérer leur course et accélérer le moment venu. Et cela, nous pouvons le faire pendant 17 jours. Un amateur ne pourra le faire que quelques heures. Il faut savoir rouler vite tout en ayant le sens de la trajectoire et pouvoir tout en roulant analyser sa course. Ces techniques s’apprennent avec le temps.
Par contre, le manque de concentration pour un motard peut lui être fatal. Si tu te sens fatigué, il faut savoir gérer son physique et accepter d’être doublé, savoir reprendre des forces pour pouvoir continuer son chemin. C’est une analyse qui n’est pas évidente à faire quand on manque de métier.

Comment as-tu vécu l’étape qui t’oblige à abandonner ?


La course commençait à se décanter et les concurrents entraient vraiment dans le vif du sujet. La course était lancée et j’avais retrouvé tous mes automatismes des rallyes-raid. Je roulais vite. Nous commencions la traversée de la Mauritanie qui est sur le Dakar le juge de paix de la course. Ce sont les spéciales les plus dures. Quant à moi, après 380 kilomètres de course dans cette 7ème spéciale, j’occupais une position idéale, celle que je souhaitais. Je revenais sur les meilleurs et me disais sur ma moto que tout allait bien. Il fallait continuer sur ce rythme et ne pas prendre de risque inutile. La journée de repos arrivait. Je respectais mon tableau de marche. C’est alors que les problèmes techniques ont commencé. Une chute a suivi. La moto ne cessait de démarrer ou de s’arrêter sans raison et en roulant, elle s’est tout à coup bloquée et je suis passé par dessus machine. Elle m’est retombée dessus. Tout s’est enchaîné comme cela arrive souvent sur le Dakar. La moto n’a plus voulu redémarré. Il m’a fallu 1h30 pour réparer et pour finir cette étape. Le plus rageant, c’est que tous ces problèmes se sont déroulés à dix kilomètres de l’arrivée de cette spéciale écourtée suite à une violente et aveuglante tempête de sable. Tu te dis à ce moment : «  pourquoi cette moto n’a pas voulu faire dix kilomètres de plus ? ». Une victoire ou une défaite ne tiennent vraiment à rien ou à pas grand-chose. Quant à moi avec deux côtes cassées et une troisième fêlée, le Dakar était terminé.

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Que penses-tu de la mésaventure qui est arrivé à marc COMA, leader de la course, provoquant son abandon à 48 heures de l’arrivée ?


C’est hélas pour lui le fruit d’une forte domination. Quand tu domines comme il l’a fait sur ce rallye, que tu possède une avance importante et que tu penses avoir course gagnée, tu peux te déconcentrer et ne pas être prêt à l’être. Il a donc perdu. Mais il ne faut pas néanmoins lui jeter la pierre. C’est rageant pour lui parce que jusque là, il avait conduit sa course d’une manière parfaite. Tant en rapidité, en navigation et en gestion. Et à 48 heures de l’arrivée, tout lui échappe. Pourquoi ne s’est-il pas mis derrière Cyril DESPRES et se contenter de le suivre lui ou un autre concurrent et rouler tranquillement ?

Que penses-tu également de la victoire de Cyril DESPRES ?


Cyril encore une fois a été victime de malchance au début du rallye. Il n’a eu de cesse pourtant de continuer à s’accrocher aux roues de marc COMA. Et cela a payé. Surtout qu’il n’avait pas concédé suffisamment de temps pour se dire qu’il avait perdu. C’était cette année une course à élimination. Il est donc revenu dans la course. C’était logique car il faut savoir aussi qu’il est un ton au-dessus des pilotes. Il n’a pas fait d’erreur. Il avait la moto et la structure pour gagner. Il a toujours cru qu’il était encore possible de s’imposer. Et il a bien fait d’y croire jusqu’au bout, jusqu’aux dernières heures de la course.

Sur ce Dakar, la sécurité a t’elle vraiment évolué ?


Enormément. Peut-être trop. Il ne faut pas qu’elle devienne abusive. Nous devons respecter bon nombre de limitation de vitesse. Au kilomètre/heure prés. Il faut vraiment s’appliquer et rester concentré. Rouler sur le Dakar devient parfois frustrant. Si une limitation de vitesse lors de la traversée des villages est justifiée, elle peut apparaître inexpliquée lors de certains secteurs sans danger pour la population. Le Dakar est une course de vitesse et non une course de régulation. Les efforts consentis par les concurrents en matière de sécurité devraient permettre aux organisateurs de faire preuve de plus de tolérance et notamment envers les motards pour qui il n’est pas aisé de rouler au kilomètre/heure prés et de regarder la piste pour anticiper ses dangers. Cette année, c’était tolérance zéro et c’était vraiment compliqué pour nous de rouler.

Quel serait le message que tu souhaiterais transmettre aux organisateurs ?


Continuer à rendre l’épreuve de plus en plus technique. Cela permet ainsi d’avoir une course à rebondissement. C’était ma quatrième participation et depuis quatre ans, l’épreuve a énormément évolué. Certes, pas assez vite pour moi. Mais l’orientation prise par les organisateurs me convient. Plus de technicité mais aussi plus de navigation et moins de vitesse. Cela serait parfait. Pour cela, il faudrait également réduire les catégories mais ce choix ne me semble pas d’actualité.

Quels sont tes prochains objectifs sportifs ?


Aujourd’hui je dois être patient et attendre que les fractures de mes côtes se résorbent. La douleur diminue et je peux enfin dormir certes pas dans les meilleures conditions. Mais il y a du mieux. Néanmoins, j’ai été contraint d’annuler les prochaines courses auxquelles j’aurais dû participer. Notamment celle de Superbesse, la finale du trophée Andros, que j’avais gagnée l’année dernière. J’ai également annulé ma participation au trophée indoor de Lyon les 10 et 11 février prochains. Ma prochaine course est fixée les 24 et 25 mars 2007. Si tout va bien. Ce sera la Val de Lorraine Classic, une belle épreuve qui me tient à cœur. Je souhaite par ailleurs participer à d’autres rallyes-raid. Ceux du Maroc et de Tunisie me plairaient bien.
 La déception de mon abandon est passée et je reste enthousiaste pour préparer la prochaine édition du Dakar. Ce sera une nouvelle aventure pour ma cinquième participation. Tous ceux qui ont gagné cette épreuve l’ont fait à partir de leur 5ème tentative. Je m’y prépare d’ors et déjà.

Frantz Delagrange

#Sport #Rallye #2007 #Championnats 2007 #Fevrier 2007

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