Décidément,
rien n'arrete Erik Buell et son
imagination fertile. Après
nous avoir servi ses modèles
XB au gabarit de 250 de GP, voici
que ce créateur de motos
si singulières tente l'aventure
avec un modèle typé
tout chemins. La nouvelle XB 12
X Ulysses, c'est un peu la Ducati
Multistrada version Buell.
Pour se transformer en Indiana Jones,
la XB 12 enregistre pas mal de modifications
dont la plus notable (mis à
part l'esthétique qui fait
très baroudeuse sportive)
est l'augmentation du débattement
des suspensions. Avec son regard
féroce de XB-9SX, sa géométrie
un peu moins radicale, son empattement
augmenté et ses pneus mixtes,
la Ulysses semble prête à
déchirer les sentiers autant
que le bitume.
La technologie embarqué demeure
celle de la série XB, avec
son cadre périmétrique
en alu faisant office de réservoir
d'essence ( rallongé et offrant
3 l de plus de contenance), un bras
oscillant (nouveau et plus léger)
contenant l'huile, et un bicylindre
d'origine Harley porté à
100 ch. La boite de vitesses s'est
refait une jeunesse, employant des
bagues de synchronisation pour un
fonctionnement plus doux et plus
rapide. La nouvelle courroie de
transmission est plus résistante,
et Erik a même pensé
au voyage :
Plus confortable, la XB 12 X est
censé offrir une position
de conduite naturelle et agréable
ainsi qu'une place passager bien
plus choyé qu'à l'habitude.
Il est également prévu
quelques options pour partir en
séjour, tel un kit de bagagerie
(tiens, tiens, Buell nous re-ferait-il
le coup de la S3T Thunderbolt Touring
de 97 ?) et un système GPS.
Connaissant le tempérament
des Buell sur la route, ça
devrait donner quelque chose de
sacrement vivifiant dans ce créneau
des gros trails sportifs.
Essai :
Bbbbvvvvuuiiieeuuhhhhhh... Ça, c'est la musique que vous entendrez le plus souvent en vous enfermant dans les rues d'une ville avec la Ulysses. Ce n'est pas le V2 qui fait ce bruit ; lui, il s'occupe des basses, variant le rythme au gré des humeurs du pilote (même sans d'ailleurs... il n'arrive pas à se caler sur un régime stable quand on veut évoluer en douceur). Le gros moustique qui bourdonne, c'est tout simplement le ventilo qui s'occupe d'évacuer les calories du cylindre arrière. Ça chauffe - et assez rapidement, l'hélice tourne en permanence. Pénible. Pour faire demi-tour, 'tention aux trottoirs sur une avenue vu comme ça braque pas. Arrêtons de nous leurrez : la Buell ne fait pas grand chose pour nous faire apprécier l'urbanime.
Eh...! Avec ce profil de Alan Quaterman, vous vous attendiez à quoi ?!? A un T-Max ? Remettons les choses dans leur contexte - Rangez le costume de ville, enfilez le galurin, chaussez les santiags et faites craquer le cuir. Sur la route menant vers l'aventure, l'Ulysses a manifestement oublié ses caprices de l'agglomération. Entre vous et la route, une équipe veille pour le confort : les suspensions sont à l'avenant et la selle autant accueillante que mousseuse. Le voyage s'annoncerait épargné du courroux de l'Olympe si la protection se montrait digne de ce nom. Le routards devront investir dans un plus grand morceau de plexiglas.
Pendant que les compagnons pioncent et que Pénélope fait un brin de couture au bercail, il suffit de quelques lacets bien placés et du martèlement du twin pour succomber au chant des sirènes d'Ulysses. Dans les entrailles de la Buell, c'est un souffle ample et profond qui vous invite à faire l'andouille sur la moindre spéciale, euh, départementale un peu viroleuse.
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Avec la nouvelle boite, la sélection des rapports sur la XB a fait de notables progrès, passant du statut de ciment frais à celui de coup de botte viril. Ce n'est pas vraiment dommage car l'on s'evertue à profiter de la plage d'effort du twin. Seulement 4000 trs, qui en paraissent bien plus tant la poussée se fait dans l'effort et le couple. Et comme il est très souple, on peut passer une bonne partie de la balade sur le 5eme rapport.
Agile et très bonne freineuse, c'est en arsouille que l'Ulysses marquera le pas, du fait de ses suspat' réglées souples. En rentrant sérieusement sur les freins dans un tournant, la fourche plonge et la brêle refuse de s'inscrire dans la courbe. Dès lors, obligé de lâcher le levier pour soulager l'avant et faire virer la meule. Pas génial, et même frustrant car le châssis des XB est une invitation au jeu. Un pilotage moins "sur les dents" et plus réfléchi redonne toute son efficacité à l'Ulysses. Pensez à vérifier les pneus chaussés sur cette Buell : il parait que la monte d'origine entraîne un léger louvoiement du train avant au-delà de la vitesse de croisière sur autoroute. Et pensez à garder un tournevis dans la poche pour régler l'amortissement ; car l'Ulysses ne réussit pas à se montrer aussi polyvalente sur tous les terrains et avec tous les types de conduite qu'une certaine BMW du même segment. De réels efforts n'empechent pas cette Buell de demeurer une machine très typée et pas forcément pour tout le monde - et c'est justement pour ça que leur saveur n'a pas grand-chose à voir avec les pâtes ou le sushi.
M.B
(Texte de l'essai inpiré par l'article de T. Baujard
Moto-Journal n°1 680 -
photos constructeur |