La
magie commence avant même
d'avoir mis en route. Ou plutôt
l'ivresse. En s'approchant, le pilote
n'a pas pris garde et la RG 500
l'a tout de suite mordu. Quelques
secondes et il ne voit plus le phare
et les clignos. Il ne reste plus
que la meule de course. La Gamma,
superbe, nous assomme d'admiration.
Rarement une moto n'aura autant
ressemblé à une machine
de circuit. Un petit tour du propriétaire
et le venin s'enfonce plus profondément
encore. La main caresse le cadre
tout alu, un frisson secoue les
vertèbres à la vue
des 4 échappements... la
visite se termine en bavant sur
la finition. Chez Suzuki, ils ont
fait du sacré bon boulot.
Il est temps de s'aligner sur la
grille de départ. Lawson,
Gardner, Spencer, Sarron... Tous
attendent de voir notre jeune hypnotisé
en découdre sur le tarmac
brûlant. Ca va saigner ! Plus
qu'à mettre en route et les
4 cylindres 2 T vont hurler. Juste
le temps de...
Merde,
faut déplier le kick d'abord.
L'esprit revient à la raison.
Et oui, la RG 500 semble vraiment
sortie du paddock. Mais pour la
lancer, un petit coup de jarret
rappelle que c'est une moto de série.
Une petite part de rêve en
vente libre qui vient concurrencer
directement et sans ménagement
les Yamaha 500 RDLC et Honda NS
400 R. Un aller simple et le moulin
miaule. On peut s'élancer
pour une séance de GP perso.
Tête dans le guidon et bave
aux lèvres ? Pas tout de
suite. La Suzuki commence par vous
accueillir avant de lancer l'attaque.
La position de conduite, bien que
les jambes soient assez repliées,
n'est pas radicale. Sport mais raisonnable,
tout comme la prise en main. La
moto se laisse emmener sans effort
mais se montre moins agile que sa
concurrente de chez Honda. Aucune
importance ; le moulin de la RG
monopolise toute l'attention du
pilote. Par son caractère
exclusif ? Non, par sa civilité
et son éducation. Il ne vibre
presque pas, ménage sa voix
tout en la laissant mélodieuse
et fait preuve de volonté
dès les bas régimes.
Ce 4 cylindres en carré...
en quoi ? Ah oui, que je vous explique
un peu cette mécanique :
Le
moteur de la RG 500 Gamma est un
4 cylindres d'une conception un
peu particulière, même
marginale par rapport aux architectures
principales que sont les blocs en
ligne ou en V. C'est pourtant le
type de motorisation retenu par
Suzuki depuis 10 ans pour ses 500
de GP. En fait, il s'agit de 2 bancs
de 2 cylindres accouplés
en parallèle. Chaque banc
entraîne son propre vilebrequin,
qui lui-même transmet le mouvement
à un arbre intermédiaire.
La boite, de dimension très
réduite, peut être
extraite du moteur en quelques minutes
sans avoir besoin de sortir le sortir
le moulin. On y trouve un système
de valves et de chambres d'expansion
annexes baptisé AEC qui permet
de gagner du souffle à bas
et mi régimes. Un procédé
pas très éloigné
de l'YPVS de Yamaha. Du coté
de la carburation, une astuce permet
de gaver le moteur. La technique
ressemble au V-boost de la V-Max.
Les carburateurs des cylindres opposés
sont reliés l'un à
l'autre - du coup, en phase d'aspiration,
l'un récupère les
gaz que l'autre n'utilise pas. Double
dose pour le cylindre receveur.
Tout pour agiter les pistons ; et
ils aiment ça !
Volontaire
à bas régimes, le
bouilleur envoie progressivement
la sauce. Après 5 000 tr/mn,
on dispose de suffisamment de watts
pour se faire plaisir. Mais le meilleur
reste à venir. L'aiguille
file vers la zone rouge en même
temps que la moto vous emmène
à toute vitesse. Certains
s'attendent à ce que l'effort
faiblisse une fois passé
le chiffre 10 ; C'est ça,
crois-y ! Le propulseur Suz trouve
là toute sa vigueur. Après
10 000 trs, le moteur pète
un plomb et s'injecte de l'adrénaline
pure dans les pistons. Il hurle
toute sa vigueur et bondit encore
plus fort. Les
12 000 trs passés, ses forces
le lâchent mais il poursuit
quand même pendant encore
1 000 trs. Des watts, et de la fierté
jusqu'au bout !
La
moto file aussi vite que le vent.
Et si la 500 Gamma revendique la
même vitesse de pointe que
la nouvelle 750 GSX-R, elle se glorifie
d'une tenue de route bien meilleure
à haute vitesse. Pourtant,
le dessin de la partie-cycle n'est
pas très éloigné
de celui de la 750. Un magnifique
cadre double berceau en alliage
d'alu abrite le moteur et maintient
une fourche de conception assez
proche de celle de la GSX-R. Mais
la RG 500 possède un système
Full-Floater comme suspension arrière
et elle ne pèse que 154 kg
à sec.
Face à la NS 400 R, la Suzuki
est un peu moins rigoureuse mais
son comportement routier est très
homogène et se plie sans
contrainte aux caprices du pilote.
Freinage à la limite (franchement
moyen pour une machine de ce gabarit
– c’est LE point faible
de cette bécane), entrée
en courbe violente, sortie en grosse
patate, la moto accepte sans rechigner
et c'est tout juste si elle pompe
un petit peu de l'arrière.
Sur les grosses phases d'accélération
ou de freinage, l'assiette de la
moto varie très peu : cabrage
ou plongée inopportunes,
la Suz ne connaît pas. De
bonnes suspensions, un système
PDF sur la fourche remplaçant
l’anti-plongée, des
masses bien réparties,
un
moteur qui pète le feu et
voila comment une replica vous propulse
dans l'univers de Roberts et Mamola.
Sauf que les machines de GP n'ont
pas des pneus aussi étroits. Un 120 à l'arrière
en monte d'origine sur une jante
qui "n'en mène pas large",
ce n'est pas très sérieux
et ça limite les possibilités
dynamiques. Mais vous savez quoi...
Cette
moto est tellement géniale
qu'elle va marquer sérieusement
sa génération. Face
à la 500 RDLC et à
la NS 400 R, elle dispose de très
sérieux atouts. En fait,
la lutte est même inégale
et la RG 500 Gamma est d'ores et
déjà lancé
sur les rails du succès.
En bout de ligne droite, le drapeau
à damier, juste après
un petit intérieur à
Spencer... Ce n'est qu'un rêve
; mais n'est-ce pas fantastique
quand il se produit les yeux ouverts
?!?
M.B
(photos
internet) |