Elle
est nouvelle mais on la reconnaît
tout de suite. Formes et rondeurs
se mêlent dans un gabarit
imposant où la génétique
ZZR perdure. Le mythe a guidé
le crayon des designers qui ont
su emmener dans le XXIème
siècle un morceau de légende
de Kawasaki. On a gardé les
bonnes vieilles recettes avec un
costaud cadre périmétrique
redessiné, un bon gros 4
cylindres à carbus qui a
gagné 112 cc, des watts et
du couple, un nouvel habillage qui
ne trahit pas l'esprit ZZR. Plus
classe, plus imposant, le nouveau
regard (qui n'est pas sans rappeler
celui des Triumph
Trophy) semble moins agressif
que celui de la 1100.
Volonté délibérée
? La 1100 était la grosse sportive
de Kawa à sa naissance,
celle qui avait fait péter
le mur des 280 au début des
années 90 - Aujourd'hui,
ce rôle est dévolue
à la ZX-12
R ; la ZZR se voit repositionnée
en sport-GT. En accord avec les
lignes plus douces, la position
de conduite s'est embourgeoisée
: on est moins en appui, et les
jambes moins recroquevillées. Ce n'est pas pour autant que la
prise en main se fait en toute sérénité.
C'est une grosse machine, et lourde.
Elle a pris 8 kg (280 à présent),
et avec les jambes plus écartées
ainsi que la selle relevée,
on évolue avec prudence.
Et en souplesse sur le couple du
gros bouilleur. Connu et reconnu,
le bloc Kawa n'affiche point de
débauches technologiques
pour s'exprimer grassement : du
gros couple et des sensations, voila
son ambition. Ceux qui ont connu
l'usine à gros coeur de la 1100 retrouveront
avec bonheur ce ton barbu et ours
qui enchante face à la fadeur
des blocs pourtant hyper efficaces
de l'ère moderne. Avant les
mi-régimes, le moulin reste
tranquille en se raclant la voix.
Expressif, il pousse franchement
de 4500 à 8000 trs avec une
aisance saisissante. Près
de 12 mkg sont là pour assurer
des reprises d'enfer. Après,
ça crache de très
gros watts, qui propulsent la ZZR
comme un boulet de canon. Le tout
dans un vombrissement qui prend
aux tripes. Ca pousse, ça
vibre, ça s'exprime, ça
rage, ça vit ! Ce n'est pas
un sérieux VVVrrroouuiippp
de GSX-R mais un BBBRRRVVVOOOOUUPPPPP
furieux et colérique. Même
la version française bénéficie
de ce comportement aux bas et mi-régimes.
Seule la puissance de feu est atténuée
dans le haut de l'aiguille - mais
l'essentiel des sensations est préservé.
Bien que douce, la boîte n'est
pas aussi rapide et précise
qu'une sélection moderne.
Avec son nouveau train avant, la
1200 s'engage avec plus de délicatesse
sur l'angle mais les suspensions
manque quelque peu de
rigueur quand la route n'est plus
du billard. Il faut l'amener sans
brutalité dans le virage,
ensuite lui faire prendre ses appuis,
et l'asseoir en sortant du virage
en devant jouer avec une poignée
de gaz qui manque de précision.
Sans compter le poids conséquent
qu'il faut tenir d'une main ferme. La ZZR ne se laisse pas apprivoiser
par le premier poireau venu.
Son
truc, c'est plus les grandes courbes
et les trajets TGV. Car la protection
n'est pas mal gaulée sur
cette machine. La bulle à
double courbure protège jusqu'à
180 Km/h dans un confort très
correct. Où la ZZR marque
aussi le pas, c'est sur son équipement.
Le nouveau tableau de bord regroupe
les mêmes informations qu'avant,
et il manque un deuxième
partiel. Dans sa mue, la Kawa perd
les pratiques ergots escamotables
à l'arrière et le
vide-poches dans le retour de carénage.
Me croirez-vous si je vous annonce
que le passage en réserve
se fait manuellement ? Le passager
sera moins bien installé
que sur la 1100,
assis plus haut et se tenant à
des poignées moins efficaces
que l'arceau de feu son aînée.
La ZZR n'est pas une mauvaise moto
mais elle n'est plus à la
page. La chasse au poids est indispensable,
la liste d'équipements mérite
de s'allonger, et le comportement
dynamique doit aussi passer par
la case "remise à niveau".
Toutefois, la 1200 a un caractère
du tonnerre, de plus en plus rare
sur les 4 pattes de l'ère
Motardus Sapiens Radicalus.
M.B
(inspiré par l'article de L. Cochet - Moto-journal n° 1 510
photos
constructeur) |