L’histoire de Marusho commence en 1948 à Hamamatsu, le berceau de l’industrie motocycliste japonaise. Son fondateur, Masashi Ito, n’est pas un inconnu : il est l’un des anciens apprentis de Soichiro Honda. Mais là où Honda mise sur la production de masse et les chaînes de transmission classiques, Ito nourrit une obsession pour l’élégance technique et la transmission par cardan, une rareté à l’époque pour des petites cylindrées.
Sous le nom de marque Lilac, Marusho se distingue immédiatement par une esthétique soignée et des choix mécaniques inspirés par les meilleures productions européennes, notamment les Zündapp et BMW allemandes.
La conquête du Mont Asama
Le milieu des années 50 marque l'âge d'or de la marque. En 1955, lors de la célèbre course du Mont Asama (Asama Volcano Race), les machines Lilac prouvent leur valeur en tenant tête aux géants naissants : Honda, Yamaha et Suzuki. Cette victoire sur un terrain volcanique exigeant assoit la réputation de robustesse et de performance des moteurs Marusho.
Le catalogue de l’époque est un laboratoire d'idées :
La Lilac ML (1950) : Un monocylindre de 150 cm³ qui devient un jalon technologique au Japon.
Le Baby Lilac : Un hybride entre scooter et moto, doté d'une transmission automatique et d'un design avant-gardiste.
La série SY et SW Lancer : Des bicylindres qui imposent le style Lilac sur les routes japonaises.
Le tournant fatal : L'échec Mitsubishi
Malgré son génie technique, Marusho souffre d’une gestion instable. Au début des années 60, la marque tente un pari risqué : un partenariat de distribution avec le géant Mitsubishi. Le projet, centré sur le modèle TW Dragon, tourne au désastre commercial. L’accord capote, laissant Marusho avec des stocks invendus et des dettes colossales. La firme dépose le bilan en 1962.
Le chant du cygne américain
Refusant de s'avouer vaincu, Ito relance l'entreprise un an plus tard avec un objectif clair : le marché américain. Pour séduire les motards d'outre-mer, Marusho conçoit la Magnum 500, un Flat-Twin de 500 cm³ largement inspiré des BMW série /2.
Bien que la Magnum soit techniquement supérieure à certaines de ses concurrentes, des problèmes de fiabilité — notamment des pompes à huile défaillantes et des composants électriques de mauvaise qualité fournis par une filiale de Singer — scellent le destin de la marque. Incapable de rivaliser avec la montée en puissance de la Honda CB450, Marusho cesse définitivement toute production en 1967.