Dans les origines de la moto japonaise se trouve une marque pionnière souvent oubliée en Occident : Aero-First (parfois transcrite "Arrowfast"). Conçue par Narazo Shimazu en 1925, cette machine représente le passage de l'artisanat à la production de masse sur l'archipel nippon.
Considéré par certains comme le "père de la moto japonaise", Shimazu n'était pas un simple mécanicien. Après avoir construit le premier moteur à essence japonais en 1908, il a consacré ses efforts à l'aviation avant de revenir aux deux-roues avec une vision industrielle précise.
Sa philosophie : Créer une machine robuste, capable de résister aux routes non goudronnées du Japon des années 20, tout en utilisant des méthodes de production inspirées de l'Occident.

L'Aero-First se distinguait par des choix techniques audacieux pour l'époque :
- Type de moteur : Monocylindre, 4-temps.
- Cylindrée : 633 cc (certaines variantes à 630 cc).
- Soupapes : Latérales (Side-valve architecture).
- Transmission : Boite 3 rapports (manuelle au réservoir).
- Vitesse de pointe : Environ 75-80 km/h.
- Innovation majeure : Première intégration d'un système de marche arrière sur les modèles destinés à être attelés (side-cars).
Le point le plus novateur de l'Aero-First résidait dans sa boîte de vitesses. À une époque où beaucoup de motos utilisaient encore des transmissions directes ou des systèmes rudimentaires, Shimazu a déposé des brevets pour une boîte à trois rapports intégrée, particulièrement robuste.
L'utilisation d'alliages légers, issus de l'expérience aéronautique de Shimazu, permettait d'alléger le carter moteur sans sacrifier la solidité.
En 1925, Aero-First marque un tournant avec la création de la Japan Motors Manufacturing à Osaka. C'est la première usine au Japon à utiliser des machines-outils pour la standardisation des pièces.
Pour prouver la fiabilité de la marque, un raid historique fut organisé :
- Trajet : Kagoshima à Tokyo (plus de 1 200 km).
- Résultat : Une démonstration éclatante de fiabilité qui a propulsé les ventes à environ 200 unités, un record pour la production nationale de l'époque.
Malgré ses qualités, la marque Aero-First a cessé sa production vers 1927-1928. L'arrivée massive des constructeurs américains (Harley-Davidson) bénéficiant de tarifs préférentiels et la fragilité financière des investisseurs face à la crise économique précipitèrent ce pionnier vers l'abandon.