Nous continuons notre plongée-souvenir au coeur du Bol d'or 2004 - Mise en situation : le départ à été donné, les cylindres hurlent, que se passent-il une heure après le lancement ?
"...16 h. La plupart des spectateurs sont retournés au campement, Schwantz passe le relais à Traccan, la pluie s’invite. La GSX-R 1000 du Team Moto-Revue décolle des stands en trombe mais ne sera pas longtemps restée hors de son box. Elle chute à son tour et sonne véritablement le début du massacre. Dans les minutes qui suivent, la Free Bike retourne au tapis et la n°2 du SERT crève de l’avant. Peu après 17 h, la 94 souffre du déluge et chute. La Suzuki n°1 dégage également. Chez les verts, on en viendrait presque à jubiler. La Kawasaki ZX-10R n° 11 se retrouve en tête. Pas de répit pour autant. Derrière, ça pousse et ça tombe. Le SERT n’est pas loin. Puis vient le team Delétang sur sa R1. La première Honda, celle de Dap moto 91, est 5 ème. Le GMT tente de remonter mais doit se battre contre la pluie. Rien à faire, la 94 galère.
Le bal du massacre continue. La 141 y passe à son tour. Vers 19 h, le Safety car intervient mais il ne fera que retarder brièvement le cauchemar. Avant une demi-heure, Schwantz se fait piéger dans Adélaïde. Le texan va alors redoubler de talent. On répare le gex, Kevin reprend la piste et signe des chronos époustouflants. Les cieux ne s’en contentent et exigent de nouveaux sacrifices. La nuit tombe doucement sur Magny-Cours pendant qu’on apporte sur l’autel de la course bouts de carénage, sélecteurs, poignées, souffrances, pertes et fracas. La n°11 a connu la joie de mener la course… Elle connaîtra l’amertume de la sortie de piste. D’ailleurs, dans les ténèbres humides qui envahissent le circuit, pratiquement tout le monde couchera sa monture. Les leaders tombent, la pluie se calme un peu, le GMT retrouve de l’espoir car l’équipage commence à se démerder sur la luisante piste.
Les 70 000 motards basés à quelques encablures de là sont moins soucieux du temps. Quelques uns viennent admirer les étoiles filantes dessinées par les phares qui donnent vie au circuit. Là, assis sur quelques marches froides en compagnie d’une bière, les oreilles assaillies par le boucan des fous officiant juste derrière, qui se doute que le Bol d’Or est une hécatombe. Le dieu de la compétition n’est pas rassasié ; il exige de nouvelles victimes..."

L'autre aspect du Bol, ce qui se passe autour du circuit :
"...Devant moi se profile une longue salle dont le plafond n’est que téléviseurs. Les résultas des essais, la météo, une foule d’informations, le pouls du circuit se tâte d’ici. Peu de journalistes sont présents, la plupart ne viendront pour écrire leurs articles qu’à partir de demain. La course n’ayant pas encore commencé, les observateurs patientent. J’en profite pour prendre quelques contacts. Maladroit, j’apostrophe les personnes autour de moi pour me renseigner, tenter d’apprivoiser le milieu, prendre mes marques. Premier contact. Discuter avec un journaliste de France 2 impressionne ; il m’expliquera que tout le monde est sympa, ouvert, mais pour chacun, le temps est compté. On vient pour bosser. Je rencontre certains webmasters de sites très connus. Occupés comme il se doit et concentrés sur leurs PCs, ils prennent toutefois un peu de temps pour discuter. Entre acteurs du net, on se comprend plus facilement. Des rencontres marquent plus que d’autres. Steph’ la case de « Moto et Motards» vient d’entrer dans la salle. Je le salue. On discute. Il passera gentiment 20 mn avec moi à m’expliquer une foule de choses sur le métier. Merci Steph’.
Il a du travail, je le laisse. Une conférence de presse a lieu dans quelques minutes. C’est alors que j’aperçois Mr Christophe Guyot, patron du GMT 94. Je l’interpelle et nous discutons quelques minutes. Moment d’intense émotion que cet entretien avec le team manager champion du monde.
La conférence présente les 3 équipages qui ont signé les meilleurs chronos ainsi que la première équipe en Stocksport. Les pilotes prennent la parole tour à tour. Ils sont à la fois confiants et prudents pour l’épreuve qui s’annonce. Tous sont habités par le même regard : « la course sera dure mais on veut la gagner – et on se battra pour y arriver ! ». Le temps est à la parole, quelques légèretés et rires s’échappent. L’angoisse ne transparaît pas, on la garde pour le lendemain.
L’autre grand moment de cette conférence est l’allocution du Team « Moto Revue – L’Intégral » et du champion Kevin Schwantz. Retraité des Grands Prix, le Texan s’est engagé sur cette course qui est une première pour lui dans le genre. Hormis une participation aux 8 heures de Suzuka, Kevin n’a jamais fait d’endurance. Sur son visage, le temps a laissé des traces mais la course permettra au quadragénaire de montrer tout son talent.
Je quitte la salle pour une visite furtive dans le paddock. On y reviendra durant la course.
Sur le chemin pour rejoindre le camp, les choses ont bien évolué en quelques heures. Les motards arrivent dans l’enceinte à flot continu pendant que les moteurs commencent à cracher leurs décibels un peu partout. Commençons par accueillir la 2 ème équipe qui est parti à 14 hrs et doit arriver sous peu. Pour certains, c’est leur 1 er Bol et malheuresement, la pluie s’est invitée sans notre bénédiction. Ne soyons pas tristes et buvons l’apéro.
C’est là que le Bol d’Or découvre son deuxième visage. Ce n’est pas qu’une course de 24 heures. C’est aussi un rassemblement où les passionnés de compétition et de mécanique se mêlent à une micro société de fétards et de dégénérés plus ou moins actifs. Le bordel est roi, la bière est souveraine. On s’amuse, on rit, on chante, on boit. Tout est prétexte à déboucher une cannette et le sourire est sur toutes les lèvres. Une balade dans le camp permet de toucher du doigt l’aboutissement de la connerie humaine : moteurs à l’agonie sous les mains destructrices d’excités de la poignée, voitures en parades promises à une destruction plus ou moins raffinée, prototypes de fou conçus exclusivement pour ce week-end incroyable. La créativité s’unit à la destruction, la folie se mêle à l’ambiance. Et pourtant, le danger et la peur n’ont pas leurs places ici. Dans cette cour des miracles, tout le monde applaudit, profite du délire, la joie effaçant les désagréments de la pluie. Cette dernière calme quand même quelque peu les ardeurs. Il y a moins de bordel que l’année précédente. Au hasard d’un détour, on rencontre James, un anglais endormi sur sa chaise avec sa bouteille de pastis et ses 3 Kro. Il en tient une belle et ce n’est pas le pire. L’abus se rencontre souvent mais ne choque personne. Pour certains, on s’endort n’importe où, n’importe comment, avec une certaine sérénité qui s’imprime sur le visage. On est tous des fous, mais des fous heureux. Derrière la bute, dans Adélaïde, les 4 cylindres des machines de course ne sont plus qu’un souvenir quand on s’attarde chez les allumés du moteur BMW. Un 6 en ligne bavarois est à la torture depuis plusieurs heures. Ses deux tubulures d’échappement sont rougies par la chaleur. Les flammes qu’elles crachent sont d’un bleu superbe dans cette nuit de fureur. Symphonie de couleurs virulentes saturées par le râle indescriptible du bouilleur automobile. On est chez les dingues et on admire. Pire, on voudrait faire comme eux..."
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