Motoplanete
À la une des Actualités

Immersion initiatique en Superbike à Magny-Cours.

CAVALERIE PARALLELE (ou un week-end au superbike)

    Le monde du journalisme est très similaire à la vie de tous les jours. Je veux dire par là que nous avons tous des sujets favoris ou des domaines dans lesquels nous nous sentons plus à l'aise.

    A la rédaction, il est de notoriété publique que mes sujets de prédilection sont le cambouis et les voyages en solitaire. J'avais déjà exploré les coulisses du bol d'or mais Il était temps pour moi d'approfondir mes connaissances dans le sport moto. Et comme le collègue qui devait m'accompagner a eu un empêchement, c'est donc seul que je monte à Nevers le dernier week-end de septembre pour assister à la manche française du championnat du monde de Superbike.
    
    Le Superbike, c'est quoi ?

    Alors j'entends déjà les inconditionnels des épreuves motos se dire : « ouais mais c'est bon, on sait ce que sait ! Tout le monde connait ! C'est quoi ce journaleux qui nous prend pour des quiches ? »

    Je leur demande moi ce que c'est qu'un diagramme de distribution ou comment on calcule une onde de pression ? Non ? Bon alors ben oui y en a pleins qui savent mais aussi pleins qui ne savent pas. Alors pour les ignorants, voici une petite explication. Pour les autres, rendez-vous au chapitre suivant.

    Ah, au fait, pour le calcul de l'onde de pression, je ne sais pas non plus mais il fallait bien que je trouve une transition. Continuons.

    Le Superbike est donc un championnat de vitesse moto mais, contrairement au MotoGP, il ne s'agit pas de prototypes. Les motos engagées sont, toutes proportions gardées, relativement proches des motos de série. Bien-sûr, elles sont modifiées pour plus de perfs mais on est loin des protos de GP. Pour caricaturer à l'extrême, on achète une meule au concess' du coin, on la tape au maximum à l'aide d'une poignée d'ingénieurs (en respectant un règlement très strict pour ne pas basculer dans le proto) et on va sur la piste.

    Ironie du sort, le Superbike est moins connu que le MotoGP pourtant, dans son approche, il devrait être celui avec le quel le motard lambda se sent le plus proche (avec l'endurance, bien-sûr).

    Dans le monde du Superbike (ou SBK) il y a deux sortes de championnats : des championnats nationaux et un championnat du monde (WSBK) depuis 1988.

    Dans ce championnat du monde, il y a quatre catégories que l'on peut résumer ainsi (et j'ai bien dit résumer car il s'agit ici juste de savoir de quoi on parle, pas de devenir un spécialiste de la chose) :

    Le Superbike : motos de 750 cc à 1200cc en fonction du nombre de cylindres. Ces motos ne sont pas des protos mais sont tout de même bien modifiées.

    Le Supersport : motos de 400cc à 600cc. Les modifications autorisées sont plus restreintes qu'en superbike

    Le Superstock 1000 : La vitrine ! Ce sont des machines quasi identiques aux modèles de série

    Le Supersport 300 (depuis 2017) : motos également très proches des motos de série mais qui doivent répondre aux normes européenne A2. En clair, on est sur des machines de petite cylindrée.

    C'est bon ? Tout le monde a compris ? Bien. Alors on boit un café et on avance.
        
    Arrivée au circuit

    L'entrée passée, je déambule un peu dans l'enceinte. Il y a beaucoup d'espaces recouverts de pelouse. Le village est assez classique avec son cortège de marchands de goodies et autres accessoires à l'effigie des grandes marques. Comme toutes les compétitions motos me direz-vous mais là, il y a une différence. Un son. Presque cristallin. Une flèche sonore que je croyais disparue. Alors que la plupart des MotoGP ont des musiques mécaniques presque agressives, le feulement des ces motos là ressemble beaucoup à ce que l'ont pourrait croiser sur les routes. Des accents graves qui évoluent en notes aigües dans une envolée naturelle. J'aime beaucoup ça. 

    C'est alors que l'air me ramène une autre sensation. Olfactive celle-ci. Une légère odeur de fumée. Je la suis et me retrouve là ou tout le monde va dans ce genre d'évènement : le campement.

    Le camp des fous

    C'est un endroit que seuls les motards peuvent apprécier. Ils sont aussi les seuls à le comprendre. Un quidam se retrouverait perdu là dedans voire effrayé. Des tentes, des têtes hirsutes, des feux de camps et une odeur envahissante. Tout pour faire fuir. Mais pour les membres de la communauté, elle est semblable à un parfum de gâteau qui cuit au four. Elle nous rappelle des souvenirs, nous en fait vivre d'autres et, au final, nous rassemble.
 
    Etre lié par quelque chose qui fait fuir. Défense naturelle et pacifiste d'un monde qui demande simplement à être tranquille. Ce ne sont pas des morceaux de bois qui brûlent, ce sont des briques qui unissent. Ce ne sont pas des échappements qui explosent, ce sont les clairons qui sonnent le rassemblement. A la soupe. A la suite. Au moment présent. Chacun entend ce qu'il veut. C'est pour cela que ce langage indescriptible fait de sensations multiples est universel : chacun peut y comprendre ce qu'il veut.

    A ce moment précis, je me rends compte que même si je ne suis pas sur le terrain de ma spécialité, je ne suis pas dans l'inconnu. Les disciplines sont différentes mais le fil conducteur est là. En fait, c'est un peu comme si je me retrouvais à la maison et que la déco avait changé. La peinture est différente mais les murs et le toit sont toujours là et il fait bon s'y reposer.

    Se reposer. Voilà une bonne idée. Je ressors du campement, traverse la route et retrouve le parking où j'avais planté ma tente. Il fait froid. Je m'enroule dans mon sac de couchage et commence à m'endormir. C'est alors que j'entends claquer un rupteur qui me pète l'oreille interne et me fait sursauter. Je peste, je grogne et j'insulte : « Vous pouvez pas un peu la fermer non ??? » (J'édulcore un peu les vrais mots que j'ai employé).

    C'est alors que je me tourne en les attendant encore. Je les imagine et ferme les yeux en souriant. Cela a quelque-chose de rassurant et de chaleureux.  Au même moment, quelqu'un met de la musique dans une sono à dix mètres de moi et je commence mon rêve en entendant au loin Patrick Sébastien, les Lacs du Connemara et la Bonne du Curé. Magnifique. Et re-froid. Et re-sourire. Et re-dors. Au loin, les rupteurs claquent encore comme un gosse qui ne voudrait pas dormir et annonce à la maison qu'il est là.

    Retour à la course

    Le jour se lève. Le froid de la nuit s'envole peu à peu. Le circuit rouvre ses portes et une nouvelle journée d'épreuve va commencer. Histoire de me réchauffer, je vais à la salle de presse pour, en même temps, travailler sur les photos de la veille. Un long escalier, un couloir  feutré puis une porte. A l'intérieur, ça parle anglais, et tout un tas d'autres langues que je ne connais pas. Des écrans de partout. Quelques caméras portables en préparation. Ca passe, ca tape sur des claviers, ca téléphone mais tout cela dans une ambiance assez bon enfant. Café. Photos et regard sur la ligne des stands en contre bas.  Tout au long de la journée, ce fût un défilé d'épreuves. Il est vrai que pour le novice de ce genre de compétition, il est un peu difficile de s'y retrouver.

    Entre les essais, les séances de qualifications et les courses, c'est un film en continue. Très vite, je comprends les intérêts de chaque catégorie : Les 300 n'ont pas de puissance. Tout repose sur la technique  de pilotage et cette caractéristique donne lieu à des combats épiques. Les supersports parlent plus forts. Elles sont, selon moi, les véritables divas en matière de son. C'est avec elles qu'on entend les envolées aigües des moulins. Un véritable régal pour les oreilles. Elles sont un compromis parfait entre agilité et puissance.
Les Superstocks sont peut-être celles qui font le plus rêver. Ce sont elles qui se rapprochent le plus de ce qu'on peut trouver dans les vitrines des concessionnaires. Les dignes descendantes des « compé-clients ».

    Puis vient l'artillerie lourde. Là, on ne joue plus du tout. Tout est optimisé pour une efficacité redoutable mais sans jamais tombé dans le proto. C'est ça la magie du WSBK : au cours des tours de pistes, on se prend à imaginer pouvoir mener ces machines. Puis on y pense. Puis on les voit passer. Toujours plus vite. On y repense encore et, finalement, on ne sait plus où se situe la frontière entre raisonnablement possible et proprement inatteignable. On se prend à se comparer aux pilotes puisqu'après tout leur machine ne sont pas si différentes…

    ...C'est alors qu'on réalise que le pilote le plus lent des 300 pourrait nous mettre une raclée monumentale.
Respect et humilité. Alors assise et appréciation du spectacle qui petit à petit se transforme en leçon.

    Sur les gradins, j'assiste en direct au sacre d'Ana Carrasco qui devient championne du monde en 300 et la toute première femme titrée de l'histoire du sport motocycliste. Puis se fût au tour de Jonathan Rea d'accrocher son quatrième titre mondial. L'ambiance est dantesque.

    Tout le monde exulte. Puis c'est le Podium. Je décide alors d'aller voir un peu les endroits dépeuplés. A l'arrière des bâtiments des paddocks, il y avait un tout petit village de barnums. D'un côté, un podium et un commentateur parlant anglais. Alors que le quadruple champion du monde se fait couronner sur la piste, le speaker nous annonce qu'il sera là dans un quart d'heure.
 
    La promesse a été tenue et je me retrouve tout devant la scène pour assister à cette cérémonie plus intime. Photos. On écoute le jeu des questions-réponses. C'est presque comme une discussion dans un bistrot au coin d'une table. Le protocole est moins présent. Une fois que c'est terminé, la foule se disperse. En m'en allant, je me rends compte que je viens de vivre un moment intense. Quand je disais que le journalisme est semblable à la vie de tous les jours, c'est à cela que je pensais. Un petit bonheur par-ci par-là sans qu'on s'en aperçoive.

    Je dois écrire un sms. Pour ce, je m'assoie sur un talus. A deux mètres de moi, un groupe de trois ou quatre personnes discutent. Puis un gars passe entre nous en disant « sorry ». Il a une bouteille de champagne à la main et nous demande pardon en souriant. Il continue son chemin.

    C'était Jonathan Rea.

    Ce gars était acclamé par une foule entière et était regardé dans le monde entier il y a tout au plus une heure. Là, il est tout seul et s'excuse avec une humilité profonde et sincère ornée d'un sourire bienveillant. Je ne connaissais pas exactement la définition d'un grand champion. A cet instant, je viens de la comprendre.

    Il est temps de partir

    Toutes les bonnes choses ont une fin et même après un week-end comme celui-ci, il me faut retourner à la réalité. Quand je suis arrivé dans ce monde de compétition que je connais de loin, je ne savais pas trop quoi penser. Mais, petit à petit, ce monde du Superbike s'est trouvé être très attachant. Aussi prestigieux mais moins connu que le MotoGP, il a ses lettres de noblesse. Les pilotes toujours de plus en plus talentueux continuent encore et toujours dans cette catégorie un peu dans l'ombre qu'il faudrait peut-être redécouvrir et apprécier à sa juste valeur.

    Des pilotes sympas, une organisation intuitive et de jolies courses en perspective. Alors que dire de plus ?

    Ah si, une chose. Je voudrais adresser un dernier mot à tous ceux qui ne verront peut-être jamais leur nom dans la presse mais qui sont pourtant essentiels. Je veux parler aux anonymes du circuit. Alors a tous les :
- Agents de sécurité
- Agents de propreté
- Monteurs de pneus
- Hôtes ou hôtesses d'accueil du circuit et du centre presse
- Mannequins
- Vendeurs de billets
- Présentateurs
- Commentateurs
- Pompiers
- Ambulanciers
- Commissaires de piste
- Agents d'entretien
- Livreurs
- Mécaniciens
- Chronométreurs
- Manutentionnaires

    Et j'en passe ;
Puis toi aussi le père de famille qui faisait découvrir l'épreuve à ton fils
Puis toi aussi le cracheur de flamme avec ton pot
Puis toi aussi le mec bourré qui m'a fait peur quand je l'ai vu
Puis toi aussi la compagne du mec bourré pour ta patience
Et à tous ceux qui ont contribué à cette fête, je voudrais leur dire un énooormmmeee merci.
Mouais, un peu trop commun ; puis j'aime pas faire du sentiment. Alors vu que tout le monde aura compris ce que je voulais dire et en signe de profond respect pour vous, je préfère arrêter l'ordi, éteindre la lumière et aller boire un verre en votre honneur.

    Voooiiiilà. Et pour ceux qui n'ont pas encore le circuit nivernais, voici sa génèse :

    Le circuit de Nevers Magny-cours

    1959 / 1961 : L'enfance

    En 1959, le maire de Magny-cours, M. Jean Bernigaud, pose les premières bases administratives pour la construction d'un circuit dans sa commune.

    A l'époque, les routes étaient souvent utilisées pour faire des courses. M. Bernigaud, qui voulait faire la même chose sur son territoire, s'aperçoit alors que les lois en la matière sont très strictes. Son idée pour résoudre se problème? Construire un complexe dédié à la vitesse : le Motor Stadium.

    Rome ne s'est pas construite en un jour et ce lieu fût édifié en plusieurs étapes. La première en 1960. Une piste de karting est construite et inaugurée. Ce lieu se nommera désormais « le Motor Stadium Jean Behra »

    Très vite, un an plus tard, est rajoutée une piste auto-moto de 2000 mètres et une piste de motocross de 1550 mètres. Il est à noter qu'entre le projet et la réalisation des trois pistes, il ne s'est écoulé que 2 ans !

    1965 / 1985 : Adolescence et rupture

    En 1965,  Jean Bernigaud décide d'agrandir le circuit. Ces travaux s'étaleront sur 6 ans jusqu'en 1971. Durant cette période, on élargit la piste, on construit des stands, et on termine l'école. Ce nouveau circuit est inauguré le 2 mai 1971 et sera en constante évolution jusqu'en 1985 avec la construction, entres autres, d'un immense parking et de nouveaux bureaux ainsi que de la salle de presse au dessus des stands.

1986 : Le jeune circuit Jean Behra se sépare du cocon familial. Il est racheté à la famille Bernigaud par le conseil général de la Nièvre qui a pour projet de la transformer en circuit de Formule 1. Les travaux commencent en 1988. Le circuit Jean Behra est détruit et reconstruit pour donner naissance au circuit de Nevers Magny-Cours.

    A partir de 1989 : l'age adulte

    Cette année là, le circuit est homologué pour la formule 1. Le premier grand prix se dispute le 29 avril 1989. Cette date marque l'entrée dans la cour des grands de ce lieu qui deviendra mythique pour beaucoup de passionnés. L'œuvre est accomplie et peut maintenant s'inscrire dans l'histoire du sport mécanique mondial.

A.BONNET

Partagez

Avis

Déposez votre avis sur la Immersion initiatique en Superbike à Magny-Cours.
Notez cet article :
Dernières actus

Indian présente un nouveau moteur de 1769 cm3 et 121 ch.

22/10/2019
Indian présente un nouveau moteur de 1769 cm3 et 121 ch.

Tout juste après avoir présenté le twin Thunderstroke refroidi par air gonflé à 1901 cm3, Indian dévoile un nouvau bloc à refroidissement liquide de 1769 cm3, bien plus puissant et encore plus riche en couple.

#2018

La Honda CB 750 de pré-production sera la star du Salon Moto Légende 2019.

20/10/2019
La Honda CB 750 de pré-production sera la star du Salon Moto Légende 2019.

Le Salon Moto Légende, incontournable rendez-vous des amateurs de motos de collection et d'exception, ouvrira ses portes les 22, 23 et 24 novembre au Parc Floral de Paris (Château de Vincennes).

#2018

Aix-en-provence accueille son 1er Salon de la moto.

17/10/2019
Aix-en-provence accueille son 1er Salon de la moto.

Le groupe ''La Provence'' lance la 1ère édition du Salon du 2 roues et du quad à l'Aréna du Pays d'Aix, samedi 19 et Dimanche 20 Octobre.

#2018

Triumph Australie montre la Street Triple S 2020 en 660 cm3.

14/10/2019
Triumph Australie montre la Street Triple S 2020 en 660 cm3.

Version d'accès à la famille Street Triple, la 660 récupère le design retouché de la RS mais avec une fougue calmée pour s'ouvrir aux jeunes permis.

#2018

WSBK / Argentine - Rea s'offre encore deux victoires en Superbike.

14/10/2019
WSBK / Argentine - Rea s'offre encore deux victoires en Superbike.

En Amérique du Sud, Bautista et sa Panigale V4 R ont pris la victoire du samedi et semblaient retrouver de la domination sur une piste délicate. C'était sans compter sur la revanche du nouveau champion du monde sur tout le dimanche.En Amérique du Sud, Bautista et sa Panigale V4 R ont pris la victoire du samedi et semblaient retrouver de la domination sur une piste délicate. C'était sans compter sur la revanche du nouveau champion du monde sur tout le dimanche.

#2018

MP8 - Motoplanete prépare son futur avec un tout nouveau site.

10/10/2019
MP8 - Motoplanete prépare son futur avec un tout nouveau site.

Le Motoplanete de 8ème génération est lancé. Plus rapide, optimisé sur tous les plans, mieux adapté à tous les écrans et prêt pour de multiples évolutions, notre media passe à un niveau supérieur.

#2018