Lundi 6 août. Grasse matinée. Le circuit du Spielberg, situé à moins de 400km de Brno, antre de Red Bull en Autriche accueillera le prochain GP dans moins d'une semaine. Nous avons la journée pour le rejoindre. Tout commence par une centaine de km de route nationale pour sortir de République Tchèque.
14h00, arrêt législatif au poste frontière. Pour rentrer en Autriche il faut montrer patte blanche. Les camions hors d'état ou trop polluant, voir même les deux à la fois, ne sont pas les bienvenus. Il faut aussi recharger le boîtier Toll-Box, sorte de badge télépéage prépayé afin de pouvoir utiliser en camion les autoroutes, et enfin la vignette catégorisant le niveau de pollution du véhicule ; celle-ci est réservée pour traverser les grandes villes. Une fois toutes ces tracasseries administratives effectuées ainsi que les poignées d'euros déboursés, direction plein ouest. Autoroute en béton, contournement de Vienne, tunnel sur tunnel, verdure, forêts de sapins. On a parfois l'impression de visiter les décors du film Sissi impératrice.
19h, une immense plaine bordée de hautes montagnes, un panneau "Spielberg" des affiches, des banderoles, des techniciens qui s'affairent, des semis par dizaines aux couleurs des teams, aucun doute nous sommes arrivés sur les lieux du prochain affrontement mécanique des dieux de la piste.
Mardi - circuit du Spielberg... ou plutôt bateau amiral de l'armada publicitaire Red Bull.
Ici, tout est à l'image de la célèbre marque de boisson énergisante.. La piste a été tracée sur le flan d'une colline, une immense statue en fer forgé de plusieurs mètres de hauteur, représentant un taureau, surplombe le circuit. Tout est neuf et grandiose.
Aujourd'hui notre mission : décharger les pneus usés de Brno, et recharger des neufs pour ce week-end.

Un camion est arrivé au petit matin. Nous positionnons les camions en étoile sur un des immenses parkings. Première étape, décharger et trier par dimensions, type de gomme et date de fabrication les quelques 1500 pneus neufs. C'est bientôt une multitude de petites piles d'enveloppes qui recouvrent la surface du parking. Une fois le camion ravitailleur vidé, nous transférons les pneus usés de nos remorques vers la sienne.
Place maintenant aux allocations par pilote. 33 pilotes en moto2 donc 33 casiers à remplir équitablement. Idem pour les moto3. Tous les pneus en suppléments seront ensuite rassemblés à l'avant des remorques avec ceux n'ayant pas servis au précédent GP.
16h, les allocations terminées, nous positionnons les camions sur leurs emplacements définitifs. Ici, nul besoin de géomètre : tout est tellement grand qu'une zone entière nous a été allouée. Nous pouvons prendre la place que nous voulons, placer les camions dans le sens que nous voulons, nous ne risquons pas de gêner qui que ce soit. Un seul mot d'ordre, que l'ensemble fasse pro et bien aligné...
17h, la pluie est arrivée sur la région, nous reprenons le chemin de l'hôtel, ou plutôt l'autoroute, une heure de minibus nous sépare de nos chambres. Il faut dire que pour loger tout ce beau monde, il en faut des hôtels - et plus il en faut, plus il faut aller les chercher loin...
Mercredi 8 août 9h - Pour la première fois de la saison de GP, nous sommes au grand complet pour monter la structure : 4 Français (le 5ème reste à dispo des techniciens de l'IRTA qui viennent contrôler et scanner les allocations pneus de chaque pilote), 3 monteurs anglais, 1 ingénieur espagnol et 1 ingénieur anglais. En général, tout ce beau monde nous rejoint le mercredi soir mais comme il y a deux GP d'affiliés, ils n'ont pas eu la possibilité de rentrer chez eux.
Nous sommes donc 9 pour faire le travail de 4. Je profite de l'occasion pour réparer tout un tas de "ca peut servir" qui traîne depuis un bon moment, de faire du rangement et du tri. Les dalles au sol auront aussi droit à un bon coup de karcher. Les camions aussi bénéficieront d'un lavage personnalisé. Et surtout, nous avons pris notre temps ; car en plus, contractuellement, nous ne pouvons quitter le circuit avant 17h...
Jeudi 9h05. Le boss a vu trop juste, nous ouvrons avec 5mn de retard. Rien de bien grave, ce n'est que jeudi et les officiels ont d'autres chats à fouetter. Mais il est certain que cela n'est pas prêt de se reproduire, la marge de manœuvre va être augmenté en conséquence, on peut en être certain.
Le temps est maussade, il fait aux alentours de 20 degrés. Si cette météo pouvait durer la journée, ce serait idéal. Nous sommes arrivés en retard mais les wheels-man non. Leurs chariots sont là, alignés bien sagement tout autour de la structure. Le travail à la chaîne peut commencer. Je prends une roue, je vérifie que le numéro stické sur le pneu correspond au numéro de la jante, que le pneu est dans le bon sens, que la dimension est la bonne, le point de balourd bien en face de la valve et enfin qu'il ne présente aucun défaut apparent. Ces contrôles ont déjà été fait en partie par le magasinier puis ensuite par le monteur, mais vu les risques encouru par les pilotes, nous ne sommes jamais assez prudent.
Ensuite je positionne ma roue sur le banc et je la fais tourner pour vérifier si le pneu est bien centré, en cas de souci, retour à l'envoyeur (le monteur) pour un démontage-remontage plus approfondi.
Puis c'est la recherche du balourd et l'équilibrage. À raison d'environ 3mn par roue et 150 roues à équilibrer, pas besoin d'avoir fait de hautes études pour savoir qu'il y en a pour une bonne journée avant de ranger la dernière roue sur son rack... Et cette dernière roue sera longue à arriver car la chaleur suffocante a fait son retour, les gestes sont plus lents, la concentration en prend un coup, ais-je déjà contrôlé ? Je ne sais plus, je recommence... Etc, etc...
17h, le dernier rack s'éloigne... ouf, il était temps. Vite, une bonne douche tiède voir froide... Ce soir, je ne resterai pas à flâner un moment au circuit, je rentrerai directement avec le premier minibus, celui des anglais. Ce n'est pas dans leurs habitudes de se poser 5mn avant de rejoindre l'hôtel. Avec eux, c'est sitôt fini, sitôt parti.
18h30 la délivrance.... Une bonne douche...
Vendredi 6h30, petit déjeuner sur le pouce et c'est l'heure de partir. Il nous faut 1h quand tout va bien avant d'arriver au circuit. L'autoroute serpente entre deux montagnes sur des dizaines de km. 80 km au total nous séparent de Spielberg. Les hôtels les plus proches du circuit sont réservés d'une année sur l'autre par les gens de la Dorna et de l'Irta ainsi que par les plus gros teams.
Les hôteliers profitent également de l'occasion pour quadrupler les tarifs. De ce fait, entre le peu d'hôtel dans ces montagnes éloignées et le tarif prohibitif, nous avons été obligés de nous éloigner...
7h50 nous ouvrons le service.
Les racks de la rookies cup nous accueillent. S'il y a un circuit où nous étions certains de les avoir c'est bien ici, chez Red Bull - C'est en effet la célèbre boisson qui parraine le championnat réservé aux jeunes pousses. Vingt six paires de jantes à dénuder et à rhabiller avec des pneus identiques aux motos 3.
9h00 pause café en attendant les premiers retours de roues des FP1 ( Free Practice = essais libres ).
Pour l'instant, nous n'avons que le son, pas d'image, les techniciens du circuit ne nous ont pas encore raccordé au réseau télévisuel interne et notre position centrale sur le paddock fait que nous ne voyons aucune partie du circuit.
14h Début des FP2 que nous pouvons suivre en direct, le cable d'antenne est en place depuis peu, nous sommes enfin raccordés...
Si pour les moto3, tout se passe bien, ce ne sera pas la même affaire pour les MotoGP et les moto2. La pluie s'est invitée à la fête, et ici quand il pleut, ce n'est pas juste pour arroser les plantes : il tombe des cordes. Du coup, la valse des racks à pneus reprend de plus belle, des pluies à la place des slicks. Des pluies sur des jantes nues. Les moto3 qui avaient pourtant été épargnées rappliquent également en prévision du lendemain. De ce fait, la télé enfin en marche, ne nous aura servi à rien. Nous relèverons la tête du guidon vers 18h30, et à cette heure ci, il y a fort longtemps qu'un écran bleu remplace les images de la piste. Le temps de tout ranger et de partir, nous n'arriverons à l'hôtel qu'à 20h30, bien heureux d'arriver au sec...
Samedi 11 Août - 7h45 - circuit de Spielberg, temps maussade voir pluvieux, deux racks de roues de la rookies cup devant l'entrée.
Le décor est planté, la journée va être longue et chargée.
Autant prendre le temps de boire un café avant d'attaquer car ensuite !!!!!!
L'intuition était la bonne. L'alternance pluie, sec, pluie, sec, a fait perdre le sang froid aux chefs mécanos des différents teams. Leurs wheels Man ont battu des records de distance et nous des records d'échange de pneus sur une même jante. Il pleut, on met une pluie. Ha !!! Ca sèche, "Mets moi un slick à la place du pluie"
Mince, la pluie revient, "remonte les pluies stp".
Et ainsi de suite jusque 15h, heure à laquelle monsieur soleil est revenu s'installer correctement. Seul souci, beaucoup de teams avaient encore des pluies montés, alors on fait tout re-démonter moins un train au cas où....
Ces changements de temps, d'avis et d'humeur nous aurons occupé jusqu'à 20h. Nous avons eu à peine le temps de regarder par petits bouts les qualifs. Notre Fabio national fait 3ème en moto2, belle satisfaction au milieu de cette journée de dingue.
Autre satisfaction, dans l'après midi, un frenchie du paddock qui travaille pour une marque de casques au service des pilotes d'usines est venu nous apporter une invitation pour un apéro sous sa structure à la fin de notre service.
C'est donc plein d'entrain que nous sommes allés prendre un verre de l'amitié avant de rejoindre notre hôtel pour une courte nuit de sommeil.
Dimanche jour de course.
Le réveil a beuglé à 5h30, petit déjeuner vite fait puis la longue route qui nous emmène au circuit.
Il est 7h et nous sommes plantés dans un bouchon à 10mn du circuit. La trop grande rigueur des policiers et des organisateurs autrichiens en totale contradiction avec les habitudes de conduites du public venu d'Italie et de Tchéquie. Deux pays pourtant frontaliers de l'Autriche mais plus proche de la culture française côté circulation...
7h20, enfin à la structure, le temps n'est pas terrible, mais ça devrait tenir. Les warm up s'enchaînent sans problème. Le soleil arrive. Les roues inutiles pour la course également et cela c'est une bonne chose. Tout ce que l'on peut démonter maintenant, ce sera tout cela de moins à faire après les courses.
11h, les moto3 entre en piste. Pause pour nous...
12h30, course des moto2, simultanément les premiers wheels Man moto3 arrivent, mise à nu de toutes leurs jantes.
14h, c'est au tour des dieux de la vitesse de faire le spectacle et à nous de finir de démonter tous les pneus que l'on s'est acharné durant cette semaine.
16h toutes les gommes sont dans les camions, les neufs avec les neufs et les scraps avec les scraps.
C'est maintenant l'heure de replier la structure. Les dalles de sol, les bâches, les montants, les machines, etc, etc et surtout de tout ranger dans la remorque. Chaque chose à sa place et une place pour chaque chose....
18h30 tout est terminé, un record.... La journée s'est déroulé sans accroc du début à la fin.
Un dernier retour vers l'hôtel pour la nuit, et demain on rentre....
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