Mercredi 12 septembre 7h30. J'ouvre la grande porte de la société. Derrière, des centaines et des centaines de pneus bien rangés sur des racks attendent d'être chargés dans des containers pour un voyage de plusieurs semaines en direction de la Malaisie.
Les deux camions porte-containers ne sont pas encore arrivés. J'en profite pour ouvrir ma remorque et commencer à trier les pneus ramenés de Misano.
8h00 - mes confrères viennent d'arriver ainsi que le premier container. Nous organisons rapidement une chaîne humaine. Une personne au tri et à l'approche des racks, une au comptage, deux en bas du camion pour envoyer les pneus au fond du container et deux dans le container pour empiler la cargaison afin qu'elle prenne le moins de place possible.
10h - le premier camion s'en va, place au second.
Nous reprenons la chaîne humaine pour le reste de pneus, pour les machines, le matériel, l'outillage, et les équilibreuses. Une fois tout dedans et tout bien arrimé, nous refermons les deux grosses portes métalliques, deux cadenas et deux plombs de scellés sont posés sur le système de verrouillage. Il est midi, le camion s'éloigne. La prochaine fois que nous reverrons ces deux grosses boîtes métalliques, ce sera à plusieurs milliers de km d'ici.
13h - retour de la cantine, place maintenant aux allocations pour Aragon.
Le temps presse, le décompte et le tri des retours de Misano nous rend la tâche beaucoup plus simple.
Les racks chargés de gomme pour l'Espagne nous ont été livré pendant notre pause repas.
Il ne nous reste plus qu'à transférer ces ronds de gommes de leurs racks vers les casiers de nos remorques pour ceux qui serviront à la course. Et vers l'avant de la remorque, appelée également têtière, pour les pneus de secours et ceux qui serviront aux tests prévus le lendemain du GP d'Aragon.
18h00 - les allocations pour les moto3 sont terminées ainsi qu'une partie du supplément, Pour les moto2, un peu plus de la moitié des allocations est à l'intérieur des remorques, le reste se fera le lendemain.
Jeudi 13 septembre. 8h00. J'approche les 400 pneus moto3 qu'il me reste à charger au plus prêt de ma remorque. J'empoigne les avants 8 par 8 et les emmène à l'avant sur la têtière en empruntant l'escalier et en longeant les casiers chargés d'allocations. Une trentaine de voyage plus tard, place aux arrières. Plus encombrant, je ne peux en prendre que six à la fois, ce qui forcément rajoute des allers-retours. Qu'à cela ne tienne, le travail ne se fera pas tout seul et mes collègues sont occupés avec les moto2. La chaleur dans la remorque est suffocante, mais il en faudrait plus pour m'arrêter.
10h00 - ma remorque est pleine à craquer. Je contrôle rapidement le chargement et la referme, puis je rejoins mes collègues afin de les soulager un peu. En effet, les pneus arrières sont bien plus larges que ceux des moto3 et ne sont manipulés qu'à l'unité. Je me glisse donc dans la chaine humaine pour envoyer là où ils doivent être rangés.
Le chargement du reliquat nous prendra le reste de la matinée.
12h00 - Toute la dotation pour Aragon est maintenant à l'intérieur des remorques, les camions sont prêts à partir et moi aussi. Direction le circuit du Castelet où aura lieu ce week end les 24H du Bol d'Or. 8h30 et 600km plus tard, me voilà avec mon camion à quelques kms du circuit, chez un ami. Je vais le laisser ici durant tout le week-end à l'abris des regards et surtout des gens indélicats.
Je vais passer les 3 jours suivant au circuit, au milieu de cette foule de connaissances que j'ai tant côtoyé.
Lundi 17, 9h00 - Après une bonne nuit de repos, nous prenons le départ pour l'Espagne, terre d'accueil du prochain GP. Aix en Provence, Nîmes, Narbonne, la frontière Espagnole puis la descente sur Barcelone, ville étape pour la nuit. Nous aurions pu pousser notre périple un peu plus loin, mais d'une part nous connaissons bien l'hôtel et nous savons que nous avons la place pour garer nos 4 camions ; ce qui n'est pas une évidence pour la grande majorité des lieux d'hébergement D'autre part, le soir, nous sommes invités à manger chez un ancien wheel man qui est resté très ami avec mes confrères.
Mardi 9h00 - Le convoi se met en route direction Tarragone avant de sortir de l'autoroute et de prendre la nationale sur environ 150 km. La route serpente à travers les vignes et les plantations d'oliviers. On passe des cols puis on redescend dans d'immenses plaines. Nous traversons plusieurs villages, quelques petites villes puis soudain plus rien - une immensité vierge de toute habitation. Un véritable décor de western avec ses rocheuses, ses étendues arides... Un cow-boy surgirait au loin que cela ne nous choquerait même pas. Les kms défilent, on passe devant une borne annonçant le passage du méridien de Greenwich et enfin les premiers panneaux annonçant le motorland d'Aragon. Plus précisément de la région d'Aragon, car la ville importante la plus proche se nomme Alcañiz et se trouve à 12 km du circuit.
14h - après un rapide repas pris dans un routier aux alentours, nous arrivons au parking tampon.
15h30 - nous sommes invités à rentrer garer nos camions sur notre emplacement.
Merci l'organisation. Pour une fois, ils nous ont placé assez loin des camions de son altesse VR46, nous n'aurons pas à subir la cohue de ses supporters.
17h00 - Nous rejoignons un petit village médiéval fort sympathique où est implanté notre hôtel pour la semaine.
Mercredi, journée montage installation. Deux de nos confrères venus directement du Castelet, car réquisitionnés pour le bol d'or, sont là pour nous prêter main forte. J'en profite pour nettoyer à fond les dalles du sol qui commençaient sérieusement à en avoir besoin. Étant voisin des remorques aménagées en chambres de luxe pour les pilotes motoGP, je prends également le temps d'en visiter une. 2 m de large, 9 à 10 m de long. Des placards, un grand lit, une salle de bains, tout le confort nécessaire pour permettre à n'importe quel pilote une bonne récupération.
17h30 - la mission du jour est finie, nous rentrons. 40 mn au milieu de la « pampa » sont nécessaires avant d'arriver au village de Valederrobres.
L'hôtel est situé à 50m d'une des portes d'accès à la cité médiévale, un magnifique château surplombe l'ensemble.
On y retrouve une multitude de petits restaurants qui ont pour salle de réception les ruelles de la cité.
Ce sera mes lieux de restauration pour les prochaines soirées.
Chronique précédente : Le calme avant la campagne d'automne.
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